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Motion contre un pipeline qui traverserait le Québec: les partis se positionnent
Le député de Québec solidaire de Taschereau, Étienne Grandmont, lors de la période de questions à l'Assemblée nationale de Québec, le jeudi 30 janvier 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Québec solidaire (QS) et le Parti québécois (PQ) ont voté en faveur d’une motion qui s’oppose à un projet de pipeline qui traverserait le Québec, alors que la Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) ont voté contre.
Le député solidaire de Taschereau, Étienne Grandmont, a déposé une motion jeudi pour demander que l’Assemblée nationale affirme son opposition au projet de gazoduc et d’usine de gaz naturel liquéfié de Marinvest Énergie.
Quatre-vingts députés, des caquistes et des libéraux, ont voté contre la motion, alors que 14 députés, péquistes et solidaires, se sont positionnés en faveur de la motion.
Marinvest Énergie Canada, une filiale de la société énergétique norvégienne Marinvest Energy, a l’intention de construire un pipeline qui partirait de l’Ontario jusqu’à Baie-Comeau, où elle compte construire une usine de liquéfaction et un terminal maritime pour exporter du gaz naturel provenant de l’Ouest canadien.
«Ce n’est pas un projet de développement, c’est un projet de déconstruction de nos acquis environnementaux», a lancé le député de QS Étienne Grandmont lors d’une séance de l’Assemblée nationale mercredi, au cours de laquelle des députés ont débattu de la motion.
«Le projet comprendrait un gazoduc de plusieurs centaines de kilomètres, on parle d’environ 1000 kilomètres, à travers des milieux naturels québécois, afin de relier l’usine au réseau transcanadien de TC Energy, comme le prévoyait également le projet GNL Québec», a indiqué le député à l’origine de la motion.
«On pensait avoir compris que l’avenir ne passait plus par les pipelines, on pensait que la science avait enfin gagné sur le lobbyisme des multinationales. Pourtant, aujourd’hui, un nouveau fantôme hante nos régions, il s’agit de Marinvest Energy», a ajouté Étienne Grandmont.
La CAQ a voté contre la motion de QS, mais juste avant le vote qui avait lieu à 11h, le ministre de l’Environnement a indiqué que son parti n’avait pas encore pris position sur le projet de pipeline
«C’est bien plate pour vous autres, mais je vais reprendre les mêmes lignes. Chaque promoteur peut déposer un projet, ensuite on l’évalue au mérite. On n’a pas de projet concret sur la table», s’est contenté d’expliquer Benoit Charette.
De son côté, le PQ, qui a appuyé la motion de QS, ne ferme pas la porte pour autant au pipeline et soutient maintenir une approche «prudente» face au projet.
«Nous avons rencontré les représentants de Marinvest» et «à l’heure actuelle, le projet demeure embryonnaire et incomplet à plusieurs égards», a écrit le député Joël Arseneau dans une publication sur les réseaux sociaux.
«Jusqu’à maintenant, nous n’avons pas été convaincus par les promoteurs et le fardeau de démontrer que le projet est dans l’intérêt des Québécoises et Québécois repose sur le promoteur et doit faire l’objet d’un examen rigoureux», a ajouté le péquiste.
Pour sa part, le député libéral Gregory Kelley avait indiqué mercredi que même si son parti allait voter contre la motion de Québec solidaire, «ça ne veut pas dire que c’est un feu vert aujourd’hui pour le projet non plus».
Des lobbyistes et des rencontres mensuelles
Le registre des lobbyistes du Canada et celui du Québec indiquent que l’entreprise Marinvest Énergie Canada a engagé 11 lobbyistes pour promouvoir son projet d’oléoduc auprès des gouvernements du Québec et du Canada.
Des documents obtenus par l’organisation Greenpeace Canada, en vertu de la loi sur l’accès à l’information, montrent que plusieurs employés du gouvernement fédéral accompagnent l’entreprise dans son projet de construction de pipeline pour exporter du gaz vers l’Europe.
Selon ces documents fortement caviardés et consultés par La Presse Canadienne, des rencontres mensuelles auraient lieu depuis le mois de juin 2025 entre des fonctionnaires fédéraux et Marinvest, comme en témoigne un courriel écrit en mai 2025 par la conseillère principale des partenaires fédéraux de l’agence Investir au Canada.
«Compte tenu de l’envergure et de l’importance de ce projet d’infrastructure énergétique, nous souhaiterions instaurer une réunion de coordination mensuelle afin de tenir nos partenaires fédéraux informés des dernières évolutions. Ces réunions de l’équipe dédiée au projet serviront également de forum aux ministères pour fournir des conseils et un soutien afin de faciliter l’investissement.»
Ce courriel d’une conseillère d’Investir au Canada a été envoyé à des dizaines de fonctionnaires, dont plusieurs représentants de l’Agence d’évaluation d’impact du Canada, qui relève du ministère de l’Environnement.
«On est en droit de se demander pourquoi le gouvernement canadien collabore si étroitement avec Marinvest Energy derrière des portes closes depuis des mois, alors que la population n’a accès à aucune information», a réagi Louis Couillard, porte-parole de Greenpeace Canada.
«On a affaire à une compagnie qui agit en coulisses pour prendre la population de court et faire avancer son projet dans l’ignorance générale, parce qu’elle sait pertinemment que les Québécois se sont mobilisés en nombre contre les projets d’énergies fossiles dans le passé», a ajouté le militant écologiste.