Profonde tristesse des chefs Innus après un double meurtre possiblement lié au crime organisé dans la communauté de Mistissini

Jean St-Pierre | 29 janvier 2026 | 19:34
La Nation crie de Mistissini vit dans le Nord-du-Québec. (Photo La Presse Canadienne/Sean Vokey)

Les leaders de la Nation innue exprime une profonde solidarité avec la communauté crie de Mistissini à la suite d’un double meurtre vraisemblablement lié au crime organisé survenu hier soir dans le Nord-du-Québec, selon la confirmation de la Sûreté du Québec.

Le chef des Innus d’Ekuanitshit Jean-Charles Piétacho écrit qu’il est de tout cœur avec les familles de la nation Cree de Mistissini. Un de ses garçon se trouve là-bas.

Le conseil des Innus d’Uashat mak Maliotenam exprime aussi sa profonde tristesse à la suite de la tragédie. « Au nom de ma communauté, j’adresse mes plus sincères condoléances à la communauté de Mistissini. Nous partageons vos peines et nous sommes de tout cœur avec vous dans ces moments difficiles », déclare Jonathan Shetush.

Un règlement de compte?

Le sergent Hugues Beaulieu, qui est porte-parole pour la SQ, a indiqué que «ça semble être un événement isolé, fort possiblement du crime organisé, un genre de règlement de comptes dans le milieu des stupéfiants». Même si l’enquête n’en est qu’à ses débuts sur le terrain, «on peut déjà déterminer qu’il ne s’agit pas d’un tireur actif qui fait des victimes aléatoires», a-t-il souligné.

Vers 21 h mercredi, le corps policier local, l’Eeyou Benou Police Force, a été alerté par des gens de la communauté ayant entendu des coups de feu. Les policiers ont ensuite localisé un véhicule criblé de balles sur la rue Riverside. À l’intérieur, ils ont trouvé deux hommes dans la trentaine, qui avaient reçu des projectiles d’armes à feu. 

«Pour le reste, on devra attendre l’enquête. Il n’y a pas de suspect arrêté pour le moment», a fait savoir M. Beaulieu. L’enquête est menée conjointement par le service des enquêtes sur les crimes contre la personne de la SQ et l’Eeyou Benou Police Force. Les spécialistes de la SQ sont arrivés vers 7 h 30 jeudi matin à la Nation crie de Mistissini, située à environ 90 kilomètres au nord de Chibougamau.

L’Eeyou Benou Police Force exige la coopération du public. «Si vous remarquez une activité policière, veuillez garder vos distances afin de ne pas interrompre le travail essentiel de nos agents et de nos enquêteurs», a exhorté le corps policier sur Facebook, ajoutant qu’il ne commentera pas la situation «puisqu’une enquête est en cours et que des informations essentielles sont toujours en cours de collecte».

Le confinement levé 

Par mesure de précaution, la communauté avait été placée en confinement par son chef, Michael Petawabano, qui avait demandé à tous les résidents, tôt en matinée, de rester chez eux «jusqu’à nouvel ordre». Le confinement a pris fin vers 11 h. «Les forces de l’ordre ont déterminé qu’il n’y avait plus de menace pour la sécurité publique. Le confinement a été levé et nous pouvons reprendre nos activités quotidiennes», a-t-il annoncé dans un communiqué de presse.

Tous les bâtiments communautaires, comme les écoles et les installations publiques, étaient restés fermés pendant le confinement. Les services d’urgence étaient quant à eux demeurés opérationnels. Le confinement n’était pas une demande de la SQ. «La décision a été prise par le conseil de bande, qui est complètement indépendant de la Sûreté du Québec», a précisé M. Beaulieu.

Le chef Petawabano a tenu à remercier les membres de la communauté «pour leur patience, leur coopération et leur résilience pendant cette période difficile». «Nos pensées vont aux familles. Nous continuons à nous serrer les coudes en tant que communauté pour soutenir les personnes touchées par cette tragédie», a-t-il ajouté. Il a également encouragé la population à demander de l’aide si elle en sent le besoin. 

«La Nation crie de Mistissini reconnaît que cet incident a profondément affecté notre communauté. Des services de soutien en cas de crise sont disponibles pour toute personne ayant besoin d’aide pendant cette période de guérison.»

La population ébranlée 

Charlene Awashish, qui habite depuis toujours à Mistissini, a raconté à La Presse Canadienne qu’elle n’avait pratiquement pas dormi de la nuit après avoir appris la tragédie. Mercredi soir, elle et son mari rentraient chez eux en voiture lorsqu’un ami les a appelés pour prendre de leurs nouvelles et les avertir qu’une fusillade avait eu lieu dans la communauté et que le suspect était toujours en fuite.

«J’ai immédiatement commencé à paniquer, puis j’ai demandé à mon fils de monter à l’étage, de fermer tous les rideaux, d’éteindre toutes les lumières et de verrouiller la porte», a relaté Mme Awashish. Le couple est resté éveillé jusqu’à environ 2 h du matin. Son mari, un travailleur des services essentiels, s’est ensuite levé pour aller travailler à 6 h. Son départ a laissé Mme Awashish «un peu effrayée», a-t-elle avoué.

Elle a souligné que Mistissini est une communauté où tout le monde se connaît. «C’est vraiment triste de savoir que beaucoup de familles sont touchées par cette situation», a-t-elle déploré.

Avec La Presse Canadienne (Sébastien Auger)