L’économie de la Côte-Nord est en croissance, mais vulnérable aux tarifs américains, selon l’étude régionale Desjardins
En 10 ans, Champion Iron est devenu un grand exportateur à partir des installations du Port de Sept-Îles à Pointe-Noire. (Photo Archive Jean St-Pierre, Macotenord.com) Avec une forte spécialisation dans les métaux primaires et les produits du bois, l’économie de la Côte-Nord est une des plus vulnérables aux tarifs sectoriels américains. Malgré tout, les investissements miniers continuent de soutenir la croissance et le taux de chômage reste très bas, constate l’étude régionale publiée par le Mouvement Desjardins.
L’économiste senior Maëlle Boulais-Préseault précise que la diminution de la population active liée au vieillissement et la baisse de l’immigration accentuent les pénuries de main‑d’œuvre dans plusieurs secteurs clés de l’économie nord-côtière.
Investissements miniers en hausse de 39%
En dépit d’un contexte commercial plus contraignant et d’une croissance du PIB inférieure à la moyenne québécoise, les investissements miniers demeurent soutenus et continuent d’appuyer l’activité économique ainsi que les perspectives de croissance à long terme. Ils ont augmenté de près de 39 % en 2025 sur la Côte‑Nord.
Le secteur minier demeure un pilier fondamental de l’économie régionale. Les projets miniers sont déterminants pour la résilience économique, malgré les défis liés à l’incertitude quant au commerce international et aux contraintes de main-d’œuvre.
Le minerai de fer extrait dans la région est largement exporté vers l’Asie, ce qui permet d’atténuer une part importante des effets des mesures tarifaires américaines sur la Côte-Nord, constate l’étude Desjardins.
Les alumineries s’en sortent bien
La vulnérabilité face aux tensions commerciales entre le Canada et les États‑Unis apparaît moins grave qu’anticipée initialement, en raison des nombreuses exemptions accordées aux produits canadiens conformes à l’Accord Canada–États‑Unis–Mexique (ACEUM), souligne l’économiste senior Maëlle Boulais-Préseault.
Elle ajoute que les alumineries de la Côte-Nord s’en sortent relativement bien grâce à la faible possibilité de substitution du côté américain. Le tarif effectif demeure élevé, avoisinant 50 %.
Nos alumineries ont d’ailleurs amorcé une diversification de leurs marchés en accroissant leurs exportations vers l’Europe, ce qui contribue à renforcer leur résilience.
Foresterie en crise
La foresterie représente un secteur stratégique pour la région. En août 2025, les droits compensateurs et antidumping imposés sur le bois d’œuvre ont doublé pour atteindre 35 %, auxquels s’est ajouté un tarif douanier supplémentaire de 10 % en octobre 2025.
Le ralentissement de l’activité qui en découle pour les scieries se répercute en amont de la chaîne d’approvisionnement, notamment sur les entreprises d’exploitation forestière.
« Plusieurs travailleurs se sont tournés vers d’autres secteurs au cours de cette période difficile, ce qui soulève des inquiétudes quant à un possible manque de main-d’œuvre lors d’une éventuelle reprise du secteur forêt », note l’analyse économique.
Perspective 2026
Malgré le recul de l’emploi observé l’an dernier, une reprise de l’activité a été constatée au cours des premiers mois de 2026 sur la Côte‑Nord. Pour l’instant, l’industrie manufacturière, étroitement liée à l’extraction minière et à la transformation du bois, ne montre pas de signes de pertes d’emplois importantes.
Desjardins remarque que la construction résidentielle sur la Côte‑Nord a affiché une performance remarquable en 2025, avec un nombre de mises en chantier qui a presque triplé par rapport à 2024. Ce rythme pourrait se maintenir en 2026 alors que la crise du logement continue de toucher fortement la région.
Parmi les projets structurants pour l’avenir de la Côte-Nord, l’étude Desjardins mentionne l’investissement annoncé par l’aluminerie Alouette, qui prévoit injecter 1,5 G$ dans la modernisation de ses installations à Sept‑Îles. Elle rappelle aussi les travaux de modernisation de l’hôpital qui devraient débuter en 2026, représentant un investissement total de 309 M$.