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Les femmes autochtones du Québec encore victimes de violences obstétricales
Le portrait envers les femmes autochtones continue de s’assombrir, à la suite de la présentation de la seconde phase du rapport "Violences obstétricales et gynécologiques et stérilisations imposées de femmes des Premières Nations au Québec" (Photo la Presse Canadienne) Le portrait de la situation des violences obstétricales et gynécologiques envers les femmes autochtones continue de s’assombrir. Un nouveau rapport réitère l’existence de «préjugés tenaces» s’inscrivant dans «la présence d’un racisme systémique».
La seconde phase du travail de recherche sur les violences obstétricales et gynécologiques et stérilisations imposées, présentée mardi, fait grimper à 132 le nombre de témoignages de femmes autochtones. Ligature des trompes sans consentement, avortement imposé ou signalements dès la naissance: les faits rapportés réaffirment les constats de la première phase de la recherche, présentée à l’automne 2022.
Plus encore, le travail de recherche, pilotée par la professeure Suzy Basile de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT), permet de «révéler trois fois plus de situations» que le rapport initial.
Quelque 97 témoignages supplémentaires ont été récoltés, dont 55 cas de stérilisations imposées. Alors que la première intervention rapportée date de 1956, la plus récente, elle, remonte à 2023. L’âge au moment des interventions varie entre 15 et 40 ans.
«Les femmes autochtones semblent être la cible pour faire en sorte d’assimiler nos nations», résume Marjolaine Étienne, présidente de Femmes autochtones du Québec, en conférence de presse.
«Obligée»
Parmi les femmes interrogées pour le second rapport ayant déclaré avoir subi une stérilisation imposée, 21 participantes mentionnent ne jamais avoir signé de formulaire de consentement.
Alors que 16 autres femmes notent «ne pas être certaines de l’avoir fait», 18 participantes expliquent avoir signé un formulaire «dans des circonstances préoccupantes, allant de signature sous la pression, exécutée en plein travail d’accouchement ou avec la main soutenue par le personnel soignant.»
«Elle (la médecin) m’a dit: “Je vais demander ton dossier du moment de la chirurgie.” Elle l’a eu, elle l’a lu devant moi vite vite. […] C’est là qu’elle a dit que j’avais été stérilisée.»
En plus des violences obstétricales et gynécologiques de nature verbale, émotionnelle, psychologique, physique et sexuelle, la seconde phase de la recherche permet d’introduire les violences de «nature discriminatoire en fonction de l’origine ethnique». Les chercheurs incluent dans cette catégorie les «événements liés à des signalements à la naissance, à la méprise devant la tache mongoloïde, à la prise de sang sur le bébé sans consentement et à des avortements imposés». «Vous êtes obligée, obligée d’avorter.»
«Plusieurs de ces événements sont arrivés sous le couvert d’un profond paternalisme, d’un sexisme implicite et d’une infantilisation assumée de la part du personnel soignant», peut-on lire dans le rapport.
«Qu’une partie de la réalité»
Pour Suzy Basile, les chiffres révélés mardi ne sont que la pointe de l’iceberg. Les 77 témoignages de stérilisations imposées entendues lors des phases 1 et 2 constituent une «sous-représentation de la réalité», tranche la professeure, en conférence de presse.
Non seulement de nombreuses femmes n’ont pu prendre part à la recherche, mais certaines victimes sont «sans doute décédées» avant la collecte des données. Il demeure donc impossible de déterminer «avec exactitude le nombre de femmes des Premières Nations stérilisées sans leur consentement au Québec», explique la chercheuse. «Il est cependant permis de penser que bon nombre d’entre elles l’ont été à leur insu.»
Les similitudes entre les nombreux cas recensés permettent aussi de conclure à «la présence d’un racisme systémique», précise le rapport. «Les femmes des Premières Nations font face à une forme de discrimination systémique, une notion qui inclut le racisme, spécifique au fait qu’elles soient autochtones.»
Des «préjugés tenaces» relatifs à la consommation de substances, au «trop» grand nombre d’enfants et à la tolérance des femmes autochtones contribuent notamment à la situation.
Une longue liste de traumatismes
L’équipe de recherche émet une série de recommandations à l’endroit, notamment, des instances gouvernementales provinciale et fédérale et au Collège des médecins du Québec (CMQ). Elle souligne notamment l’importance d’ajouter les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) «à la longue liste de formes de traumatismes […] subis par les peuples autochtones au Québec.» Les VOG devraient ainsi figurer aux côtés des traumatismes liés à l’imposition de la Loi sur les Indiens, aux passages dans les pensionnats et à la disparition et à l’assassinat de filles et de femmes autochtones.
«Les violences obstétricales vécues par les femmes des Premières Nations représentent un grave traumatisme issu du colonialisme. […] Elles doivent être reconnues comme telles», plaide le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul.
Les chercheurs recommandent également aux gouvernements de reconnaître le racisme systémique dans le système de santé, de présenter des excuses officielles aux femmes autochtones concernées et de déployer tous les efforts nécessaires pour éradiquer toutes formes de discrimination systémique au sein du système de santé.
Le CMQ devrait quant à lui miser sur l’amélioration de l’accès à son processus de plainte, le codéveloppement avec les Premières Nations et l’offre d’une formation de la pratique de sages-femmes en langue anglaise, selon les chercheurs. Le rapport rappelle également les recommandations formulées dans le cadre de la phase 1 et invite les acteurs concernés à mettre en œuvre les mesures «qui n’ont pas été entièrement réalisées jusqu’à présent».
Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local, Le Soleil