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Depuis le décès de Joyce Echaquan | Les Atikamekw toujours méfiants envers le réseau de la santé
Cinq and après la mort de Joyce Echaquan, les membres des communautés atikamekw continuent de se montrer méfiants face aux établissements du réseau de la santé et des services sociaux de Lanaudière. (Photo La Presse Canadienne) Des membres des communautés atikamekw, touchés de près par le décès de Joyce Echaquan, en 2020, continuent de tourner le dos à certains services de santé offerts dans Lanaudière, révèle une étude.
Dans une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomique (IRIS), rendue publique jeudi, Guillaume Tremblay-Boily se penche sur le «parcours du combattant» auquel sont confrontés les usagers qui doivent recourir aux services d’urgence. Il consacre une partie de son étude à la méfiance qui règne chez les Atikamekw, face au système de soin.
Ses données, bien que recueillies auprès d’usagers de la région de Lanaudière, laissent planer «des réalités assez semblables» dans le reste de la province. Alors que les autorités médicales font appel à la vigilance de la population pour «désengorger» le système, le chercheur conclut que les usagers sont loin de recourir aux urgences «de manière inconsidérée». Ils s’y dirigent plutôt, «faute d’option alternative».
Un «sentiment de crainte, de méfiance» amène même certaines personnes à hésiter à aller chercher des soins, «soit par peur d’engorger le système, par peur d’attendre trop longtemps aux urgences», note-t-il.
La situation est d’autant plus vraie pour les membres des communautés atikamekw de la région, aux prises avec un lourd historique de discrimination, souligne le chercheur affilié à l’IRIS.
Pire chez les Autochtones
En 2020, la mort de Joyce Echaquan, une mère de famille de Manawan, a ébranlé les communautés autochtones à travers la province, en plus de mettre en lumière la discrimination persistante, dans les hôpitaux de la région de Lanaudière. «C’est quelque chose qu’on ne pouvait pas passer sous silence à partir du moment où on se penchait sur la situation dans Lanaudière», convient le chercheur.
Ses recherches permettent de confirmer les répercussions durables du décès de Mme Echaquan sur la relation entre les usagers autochtones et les centres hospitaliers lanaudois, cinq ans après le drame. «Il existe un profond manque de confiance de la part des Atikamekw envers les employés de l’hôpital [de Joliette», où est décédée Joyce Echaquan, souligne l’étude intitulée L’accès aux soins de santé et aux services sociaux dans Lanaudière.
Malgré les mesures mises en place depuis le drame, comme l’ajout d’agents de sécurisation culturelle, les personnes atikamekw interrogées par le chercheur font état d’une méfiance encore omniprésente. Les barrières linguistiques et les «interactions négatives» avec le personnel médical renforce leur inquiétude.
À l’issue d’une vingtaine d’entretiens individuels et un cercle de discussion avec des membres de communautés atikamekw, certains Atikamekw rapportent des doutes quant aux causes de décès de leurs pairs, notamment pendant la pandémie de COVID-19.
«Le cinquième étage de l’hôpital est surnommé le “couloir de la mort” par certains Atikamekw parce que des personnes autochtones y seraient décédées de manière suspecte», souligne le rapport.
Après une amélioration temporaire, à la suite du décès de Joyce Echaquan, les employés du Centre hospitalier régional de Lanaudière à Joliette seraient «revenus à leur attitude antérieure».
«Les employé·e·s du Centre hospitalier régional de Lanaudière sont depuis longtemps réticent·e·s à soigner des patients atikamekw», rapporte Guillaume Tremblay-Boily. «Il y a des gens qui m’ont dit qu’ils préféraient aller à l’hôpital de Louiseville plutôt que d’aller à l’hôpital de Joliette.»
Des mesures pour «atténuer certaines tensions»
L’auteur de l’étude présente une série de pistes de solution pour améliorer l’accès aux soins de santé et aux services sociaux dans Lanaudière, tant pour la population atikamekw que pour les usagers allochtones.
Des mesures spécifiques aux communautés atikamekw pourraient «contribuer à atténuer certaines tensions», jugent les Atikamekw questionnés dans le cadre de la recherche. Parmi elles, la mise en place de visites du centre hospitalier permettrait de faire connaître les services culturellement sécurisants existants et, ainsi, de reconstruire la confiance, croient-ils.
Les participants proposent également de déployer des efforts de sensibilisation auprès des professionnels de santé de la région, en plus de créer un environnement où la langue atikamekw est davantage mise en valeur.
«Les efforts de sécurisation culturelle faits par le CISSS de Lanaudière devraient être menés en collaboration avec les organisations autochtones concernées», ajoute le chercheur.
Par : Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local, Le Soleil