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Tirer des leçons des feux de forêt de 2023 | Des chercheurs ont étudié la réponse des autorités locales à la catastrophe
La Sopfeu a combattu beaucoup de feux de foudre en forêt en 2022 et 2023 sur la Côte-Nord et dans le Nord-du-Québec. (Photo Facebook Sopfeu) L’été 2023 restera dans les mémoires pour de bien mauvaises raisons dans le Nord-du-Québec, alors que des feux de forêt sans précédent ont forcé l’évacuation de plusieurs municipalités dans des conditions souvent difficiles. Près de deux ans plus tard, des chercheurs en santé publique tentent de tirer des leçons de la catastrophe.
Dès la fin de l’été 2023, qui a vu partir en fumée 45 000 km2 de forêts, des chercheurs de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ont rencontré des intervenants de première ligne impliqués dans l’évacuation de localités éloignées comme Chapais, Lebel-sur-Quévillon, Chibougamau ou Radisson.
« On désirait vraiment avoir une perspective à chaud de ce qui s’était passé : les bons coups, les mauvais coups et ce qu’il y avait à améliorer », raconte Stéphane Perron, médecin spécialiste en santé publique et en médecine préventive à l’INSPQ.
Les entrevues ont été menées avec des dirigeants municipaux, des membres des services de santé et des représentants d’organismes comme la Croix-Rouge. En compagnie de ses collègues Julien Michaud-Tétreault, Emmanuelle Bouchard-Bastien et Marie-Audrey Peel, M. Perron a publié ses conclusions dans la revue savante Disaster Prevention and Management fin 2025.
Leurs constats : la communication avec les citoyens est primordiale dans la gestion de telles situations catastrophiques et les évacuations doivent être mieux planifiées. Contrairement à l’Ouest canadien, par exemple, le Québec était peu habitué à gérer des évacuations d’une telle ampleur face à des incendies de forêt.
« Pour être transparent, je crois qu’en 2023, on a quand même été surpris par l’ampleur des feux. C’est normal quand vous n’avez jamais fait face à une telle situation. Il fallait rapidement en tirer des leçons pour se préparer pour la prochaine fois », estime Stéphane Perron.
Pas égaux devant les feux
L’étude qualitative retient notamment l’attention particulière qui doit être portée aux populations vulnérables lors des évacuations, en premier lieu les personnes âgées malades ou en perte cognitive.
L’article relate par exemple le témoignage d’un travailleur du réseau de la santé dont le père, résident d’un centre de soins de longue durée, est décédé trois semaines après les évacuations. Après avoir passé 12 heures dans un fauteuil roulant en route vers le Saguenay, il était complètement déshydraté et inconscient.
« Les personnes qui ont des troubles cognitifs ont besoin d’être avec des personnes familières dans des environnements bien contrôlés. Il faut planifier leurs soins médicaux et le fait qu’ils vont être désorganisés si on les change de milieu, insiste Stéphane Perron. Le transport sera aussi complexe : il faut penser à l’hydratation, la nourriture, aux arrêts pour leur permettre de faire leurs besoins. »
D’autres catégories sont également à surveiller, notamment les personnes défavorisées économiquement, souvent condamnées à être hébergées dans des refuges. « Dans la vie, on n’est jamais vraiment égaux. Mais malheureusement, devant la catastrophe, c’est encore pire. Ces vulnérabilités sont vraiment exacerbées en cas de danger », souligne M. Perron.
Une meilleure communication
Devant la vitesse fulgurante de propagation du brasier, les routes du Nord-du-Québec ont bien souvent été congestionnées par des résidents tentant de trouver refuge dans le sud de la province. Des bouchons qui sont venus compliquer encore davantage les évacuations.
« Dans le Nord, il n’y a souvent pas 10 routes pour quitter une ville. Ça devient rapidement très complexe, si les évacuations ne sont pas planifiées à l’avance », explique M. Perron, qui recommande notamment d’effectuer des simulations afin d’améliorer la préparation des autorités et du personnel soignant.
Une bonne communication avec les citoyens est également essentielle, non seulement au moment de l’évacuation mais aussi dans les jours suivants, pour préparer le retour à la normale. « Ça prend une communication multimodale en tout temps pour répondre aux préoccupations des gens et cibler de façon très claire les enjeux auxquels ils font face », illustre le chercheur.
Autant de leçons à tirer d’événements parfois traumatiques, qui, avec le dérèglement climatique, sont appelés à se multiplier.
Par : Benoit Valois-Nadeau, Initiative de journalisme local, Le Devoir
Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.