Droits de douane américains: les alumineries québécoises s’en tirent mieux que prévu

La Presse Canadienne | 5 juin 2026 | 10:28
L'usine d'aluminium Laterrière Rio Tinto à Saguenay (Photo La Presse Canadienne/Jacques Boissinot)

Un an après l’imposition de droits de douane de 50 % par les États-Unis sur l’aluminium canadien, la situation pour les grands producteurs du pays est «moins pénible» que prévu, mentionne le président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada (AAC), Jean Simard. 

«Aucun ralentissement, aucune mise à pied. On opère à 95 % de capacité», a dit M. Simard en entrevue avec La Presse Canadienne, jeudi. 

«C’est moins pénible que ce qu’on anticipait. Le problème, foncièrement, c’est le manque de visibilité sur l’avenir. On est dans un monde d’incertitude totale. On ne sait pas ce qui va se passer avec le renouvellement de l’accord de libre-échange», a ajouté le dirigeant de l’AAC, qui a comme membres Alcoa, Alouette et Rio Tinto.

Le 4 juin 2025, l’administration de Donald Trump a fait passer les droits de douane sur les importations d’aluminium et d’acier de 25 à 50 %. L’impact s’est essentiellement fait sentir au cours des premiers mois après l’entrée en vigueur du nouveau taux.  

Des pertes au début des tarifs

Les producteurs canadiens ont d’abord encaissé des pertes, puisque les clients américains refusaient au départ d’assumer la hausse du prix causée par la mesure tarifaire. 

«Le Canada, on a perdu beaucoup d’argent. On a perdu quand même près de 600 millions de dollars US au cours des sept à huit semaines qui ont suivi parce qu’on devait continuer de livrer du métal qui avait été contracté, mais le marché n’acceptait pas de payer le plein prix», relate M. Simard. Cette situation s’est maintenant résorbée. 

Le prix du métal a, quant à lui, continué d’augmenter. Il pourrait poursuivre sa croissance jusqu’au mois d’août en raison de la crise en Iran: des alumineries du Moyen-Orient ont dû fermer des lignes et de la production devant être acheminée vers l’Europe et les États-Unis se trouve bloquée dans le détroit d’Ormuz, expose M. Simard. 

«Il y a un resserrement du marché. On va passer d’une situation de choc de prix à un choc d’approvisionnement parce qu’il va manquer du métal. Pas dans tous les marchés, mais dans certains segments de marché», mentionne-t-il. 

Revirement de situation

M. Simard croit que la situation iranienne constituera «un nouveau facteur qui va être mis dans la balance au cours des prochaines discussions» avec Washington en faveur de l’aluminium canadien. 

Elle vient confirmer pour nos voisins du Sud que «la seule et unique source sécuritaire d’approvisionnement d’aluminium demeure le Canada», soutient celui qui est membre du Comité consultatif sur les relations économiques entre le Canada et les États-Unis, créé par le premier ministre Mark Carney.

«Du métal qui part du Moyen-Orient, ça prend 60 jours pour s’en venir. S’il part de l’Inde, c’est 60 à 70 jours. Du Canada, c’est de trois à cinq jours. On n’a pas le risque de sécurité nationale qu’on retrouve au Moyen-Orient», fait valoir M. Simard.

D’ailleurs, les usines d’ici commencent de nouveau à approvisionner le marché américain en redirigeant vers les États-Unis des stocks qui étaient destinés aux Européens. 

«On ne perd pas d’argent en le faisant. Au contraire, on fait de l’argent présentement parce que le prix est très élevé», évoque le président de l’AAC. Selon l’organisme, une tonne d’aluminium coûte désormais 2000 $ de plus aux États-Unis qu’en Europe. 

En imposant des droits de douane sectoriels sur l’acier et l’aluminium, le locataire de la Maison-Blanche souhaite renforcer les industries américaines oeuvrant dans ce secteur. 

D’après l’AAC, «malgré de forts signaux de prix, la production primaire n’a augmenté que marginalement aux États-Unis, tandis que la consommation a nettement reculé par rapport aux attentes d’avant les tarifs».

«Il n’y a pas d’augmentation de capacité. Ils ont annoncé un projet de 50 000 tonnes, relate M. Simard. 50 000 tonnes, on produit ça en une semaine au Canada.» L’AAC note également que «les importations et les exportations américaines ont toutes deux diminué, ce qui reflète une perte de compétitivité».

Hausse d’emploi du secteur Aluminium

L’Institut du Québec et le Comité sectoriel de main-d’oeuvre de la métallurgie du Québec ont aussi publié jeudi un rapport concernant les impacts de la guerre commerciale sur les filières de l’aluminium, du cuivre et de l’acier. 

Ils font état d’une baisse de 36 % des volumes d’exportations métallurgiques québécoises entre février 2025 et février 2026. Un recul de 3,6 % de l’emploi a également été constaté pour l’ensemble de l’industrie en 2025, provenant principalement des fonderies. Le secteur de l’aluminium a toutefois connu une hausse de l’emploi de 5 %, selon le rapport. 

Jeudi, M. Simard a pris part à une rencontre du comité consultatif du gouvernement fédéral portant sur les priorités commerciales et économiques en vue de l’examen à venir de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

Pour l’AAC, Ottawa ne peut accepter aucune entente en lien avec la révision de l’ACEUM «sans avoir obtenu un règlement favorable» sur les droits de douane sectoriels touchant le Canada, soutient M. Simard. 

Par Frédéric Lacroix-Couture