Signature d’une entente historique de prise en charge de la protection de jeunesse par et pour les Innus à Maliotenam

Jean St-Pierre | 10 juillet 2026 | 14:32
La cérémonie de signature s'est déroulée aujourd'hui au Centre culturel Tshissenitamun Mitshuap, en présence des membres de la communauté, des représentants des gouvernements du Canada et du Québec, d'Aînés et d’enfants. (Photo Jean St-Pierre, Macotenord.com)

Malgré la présence de trois ministres du gouvernement du Québec et de la ministre des Affaires autochtones du Canada, c’est la directrice des services sociaux et auteures de la Loi sur la bienveillance, Anouk Vollant, qui a eu droit à deux grandes ovations lors d’une cérémonie historique à Maliotenam ce vendredi matin.

Le Conseil Innu Takuaikan Uashat mak Maniutenam a officialisé la prise en charge de la protection de la jeunesse par et pour les Innus avec la signature d’une entente avec Québec et Ottawa au Centre culturel Tshissenitamun Mitshuap. Au côté du ministre Lionel Carmant, le vice-premier ministre Ian Lafrenière a souligné la participation significative à la cérémonie de deux femmes ministres issues des Premières Nations Kateri Champagne-Jourdain et Mandy Gull-Masty.

« C’est l’aboutissement d’une longue démarche, avec des discussions belles, mais parfois difficiles… Ce fut un long portage… Nous avons avancé en équipe… avec courage en silence pour une culture vivante », déclare fièrement Anouk Vollant.

Une première au Québec

2000 personnes ont participé au processus menant à cette entente tripartite, précise Chef Jonathan Shetush. Il a profité de cette cérémonie alliant tradition innue et protocole pour raconter l’histoire d’un jeune Innu qui a appris beaucoup de choses lors de séjour en forêt avec ses grand-parent dans l’enfance.

« Aujourd’hui cet enfant est un homme qui redonne à sa communauté. Il a été entouré de sa famille élargie… Un enfant appartient à sa famille et sa communauté. Cette histoire n’est pas exceptionnelle chez nous. C’est ce que notre loi Tshisheuatishitau (sur la bienveillance) privilégie avec un accent sur la prévention », déclare le chef des Innus d’Uashat mak Maliotenam.

L’accord de coordination relatif aux services à l’enfance et à la famille marque un tournant majeur dans la reconnaissance de la compétence inhérente d’ITUM en matière des services à l’enfance et à la famille pour leur communauté. Cet accord fait d’ITUM la première communauté autochtone au Québec à conclure un accord tripartite.

Signature historique à Maliotenam : ministre de Services aux Autochtones Canada Mandy GullMasty, Chef Innu Takuaikan Uashat mak Mani-utenam Jonathan Shetush, ministre responsable des Services sociaux et de la Lutte contre l’itinérance Lionel Carmant et vice-premier ministre, ministre de la Sécurité intérieure et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations Ian Lafrenière (Photo Jean St-Pierre, Macotenord.com)

L’accord établit les mécanismes de collaboration entre les trois gouvernements afin d’assurer une transition harmonieuse vers l’application de la nouvelle loi relative aux services à l’enfance et aux familles d’ITUM. La Loi Tshisheuatishitau entrera en vigueur le 14 septembre 2026. Des mécanismes de collaboration entre ITUM, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada permettent le transfert des responsabilités.

Le Canada verse 137M$

Pour donner vie à cette loi, la ministre des Affaires autochtones Mandy Gull-Masty a annoncé aujourd’hui que le gouvernement du Canada s’engage à investir 137 millions de dollars d’ici 2030 afin d’appuyer la prise en charge des services à l’enfance et à la famille par ITUM.

La ministre fédérale a souligné le leadership des dirigeants autochtones d’Uashat mak Maliotenam « pour reprendre un pouvoir qui aurait dû rester le vôtre. »

« Nous voulons voir les enfants grandir dans leur culture, leur communauté… Lorsque les Premières Nations dirigent les services, les enfants se portent mieux et les services répondent aux vrais besoins. Les Innus ici ouvrent le chemin pour les autres communautés au Québec, s’est réjouie la ministre Gull-Masty à Malio ce matin.

Le ministre québécois responsable de la DPJ, Lionnel Carmant s’est dit privilégié d’écrire l’histoire par cette signature sur la Côte-Nord. « Je partage cette vision sur la prévention et sur une prise en charge par la famille élargie et la communauté », de dire le ministre responsable des Services sociaux et de la Lutte contre l’itinérance, Lionnel Carmant.

Parmi les moments forts, la chorale Johnny-Pilot a interprétés quelques chants en langue innu-aimun. (Photo Jean St-Pierre, Macotenord.com)

La députée de Duplessis et ministre des Ressources Naturelles Kateri Champagne Jourdain était visiblement heureuse de voir ce qui se passe dans la communauté où elle a grandi. « C’est l’endroit où je vis, où j’ai grandi… Je connais la force de notre communauté et notre attachement à nos enfants. Je ressens aujourd’hui l’espoir pour nos familles! » a témoigné la ministre de la Côte-Nord.

Geste concret de réconciliation

Pour ITUM, la signature de cet accord représente bien plus qu’une entente administrative. Ell constitue une reconnaissance concrète du droit inhérent d’ITUM à exercer sa compétence en matière de services à l’enfance et à la famille. Il s’inscrit dans les efforts de réconciliation entre les gouvernements et les Premières Nations.

« Aujourd’hui, nous écrivons une nouvelle page de l’histoire de notre Nation portée par les valeurs de nos Ancêtres et les rêves de nos enfants. La persévérance d’ITUM a toujours eu pour fondement de tourner la page sur le passé et d’ouvrir la voie vers une gouvernance innue bienveillante », affirme le Chef du Conseil Innu Takuaikan Uashat mak Maliotenam Jonathan Shetush.