Churchill Falls: Pas d’entente finale sans la réélection de la CAQ, croit Fréchette
Le premier ministre Mark Carney, au centre, signe un nouvel accord concernant la centrale électrique de Churchill Falls et le lancement de nouveaux projets hydroélectriques, éoliens et de transport d'électricité, entouré du premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, à gauche, et de la première ministre du Québec, Christine Frechette, à droite, à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le lundi 17 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Paul Daly
À quelques jours du déclenchement de la campagne électorale québécoise, la première ministre Christine Fréchette s’est rendue à Terre-Neuve-et-Labrador pour signer une deuxième entente sur Churchill Falls avec son homologue de la province voisine, Tony Wakeham. Mais l’entente n’est pas encore finale et la réélection de la Coalition avenir Québec (CAQ) est nécessaire pour qu’elle se concrétise, selon la première ministre.
«C’est nous qui avons construit l’ensemble de cette œuvre et c’est nous qui allons pouvoir la mettre en œuvre (…) C’est le fruit du travail de la coalition», a soutenu Christine Fréchette en point de presse à Saint-Jean de Terre-Neuve, lundi.
Le Parti québécois (PQ), qui caracole toujours dans les intentions de vote, a critiqué l’entente et a affirmé que Christine Fréchette n’avait pas la légitimité nécessaire pour la signer si près des élections.
«On sait que le PQ veut déchirer cette entente. Alors je leur dis : “Ben parfait, déchirez-la”. Mais qu’est-ce que vous proposez aux Québécois ? Quelle alternative offrez-vous aux Québécois ?» a-t-elle lancé.
Le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, n’a pas tardé à réagir. «L’affirmation de Christine Fréchette à l’effet qu’un gouvernement du PQ va déchirer l’entente de Churchill Falls est tout simplement une fausseté», a-t-il écrit sur X lundi.
«La réalité est que personne n’a lu l’entente et que si l’entente est positive pour le Québec, évidement qu’un gouvernement du Parti Québécois aura intérêt à maintenir cette entente. (…) Tenter de faire croire aux Québécois que nous avons besoins d’un autre quatre ans de CAQ car il s’agirait la seule manière de faire vivre une entente dont on ne sait rien à ce jour est évidemment une manoeuvre électorale grossière», a ajouté Paul St-Pierre Plamondon.
De l’électricité pour 3 millions de résidences
Cette nouvelle entente prévoit potentiellement encore plus de mégawatts (MW). De 7200 MW en 2024, on passe à 10 000 MW pour le Québec.
«C’est assez d’électricité pour alimenter jusqu’à 3 millions de résidences», a illustré Christine Fréchette.
Rappelons qu’Hydro-Québec veut doubler sa production d’électricité d’ici 2050.
Hydro-Québec investirait 45 milliards $ pour le développement d’une nouvelle centrale hydroélectrique à Gull Island (2700 MW), l’augmentation de la puissance de la centrale de Churchill Falls (1275 MW), ainsi que le transport de l’électricité.
La nouvelle entente prévoit aussi des études de faisabilité pour des projets d’éoliennes à Terre-Neuve-et-Labrador (2000 MW) et pour l’extension de la centrale de Churchill Falls (2500 MV). La contribution financière de la société d’État sera encore plus importante si ces projets vont de l’avant.
Pour sa part, le gouvernement fédéral va contribuer à hauteur de 6,5 milliards $ de ce 45 milliards $ par le biais de crédits d’impôt et de garanties de prêt. Sa contribution est «sans droit de gouvernance».
Le fédéral a d’ailleurs joué un rôle de facilitateur pour cette entente. Le premier ministre canadien, Mark Carney, était présent à Saint-Jean pour l’annonce.
La nouvelle entente prévoit que le Québec paiera essentiellement le même montant pour son électricité que dans le cadre de celle de 2024, soit environ 6 cents du kilowattheure en moyenne.
Si elle est ratifiée, l’entente sera valide pour les 50 prochaines années, soit jusqu’en 2077.
«Quand on sait qu’une centrale hydroélectrique prend 15 ans à bâtir et à mettre en service, il était prioritaire et essentiel de signer rapidement», a soutenu la première ministre Fréchette.
«Un des chapitres les plus sombres de notre passé»
Actuellement, Hydro-Québec obtient la majeure partie de l’électricité de Terre-Neuve-et-Labrador à des prix défiant toute concurrence – 0,2 cent du kilowattheure – en vertu d’un contrat signé en 1969.
Cette entente est depuis longtemps une source d’amertume dans la province voisine qui a tenté à plusieurs reprises de la contester devant les tribunaux, en vain.
L’annonce de lundi avait des airs de déjà vu. En décembre 2024, le prédécesseur de Christine Fréchette, François Legault, a signé un protocole d’entente avec le premier ministre terre-neuvien de l’époque, Andrew Furey, pour régler cette vieille pomme de discorde.
Le nouveau premier ministre conservateur de la province, Tony Wakeham – en poste depuis octobre 2025 –, a remis en question l’entente et a affirmé qu’il voulait la soumettre à un référendum. Lundi, il a indiqué avoir abandonné cette idée et se réjouissait de la nouvelle entente signée avec Québec.
«Nous sommes enfin en train de tourner la page sur l’un des chapitres les plus sombres de notre passé», a affirmé le premier ministre terre-neuvien lors du point de presse.