Les Autochtones toujours sous-représentés à l’Assemblée nationale

La Presse Canadienne | 6 octobre 2026 | 14:43
Malgré leurs efforts pour se faire entendre tout au long de la campagne électorale, les Premiers Peuples continueront d'être sous-représentés à l'Assemblée nationale alors que seuls deux des six candidats autochtones en lice feront leur entrée au parlement. (Photo La Presse Canadienne)

Deux des six candidats autochtones en lice feront leur entrée à l’Assemblée nationale, faisant passer de un à deux le nombre d’élus autochtones. Une progression notable, mais qui ne suffit pas à combler le déficit de représentation qui persiste.

La poussière du scrutin retombe à peine sur la province que, déjà, l’analyse des résultats va bon train. Balance du pouvoir, vague conservatrice, percée libérale: tout y passe et l’état de la représentation autochtone n’y échappe pas. 

Au lendemain du vote, deux des six candidats autochtones en lice ont réussi à s’imposer dans leur circonscription respective. Du jamais vu. 

Dans Saint-Hyacinthe, le député péquiste et membre de la Nation wendat, Simon-Pierre Savard-Tremblay, a remporté la course par une solide marge de près de 8400 voix sur son opposant conservateur.

La soirée a également été victorieuse pour le candidat libéral dans Gatineau, David Logue, qui est membre de la communauté Kitigan Zibi Anishinabeg. Il a récolté 41,4 % des voix, devançant ainsi de 7200 voix le péquiste Raphaël Déry. 

Pour une première fois dans l’histoire du Québec, deux candidats autochtones siègeront donc au parlement, au cours des prochains mois. Figure marquante de la Coalition avenir Québec et première femme autochtone nommée au Conseil des ministres, l’Innue Kateri Champagne Jourdain a quant à elle été défaite dans sa circonscription de Duplessis, à l’instar de l’ensemble de ses collègues caquistes. 

Les deux candidats autochtones de Québec solidaire, Jani Bellefleur-Kaltush et Bryan Gingras ont également été défaits dans Duplessis et Marguerite-Bourgeoys. Même son de cloche du côté du candidat libéral de Laurier-Dorion, Randy Legault-Rankin, qui s’est incliné devant le solidaire Andrés Fontecilla. 

Le Parti conservateur, qui a balayé presque l’entièreté de la grande région de Québec et de Chaudière-Appalaches, ne comptait aucun candidat autochtone dans ses rangs.

Une avancée timide

À deux, David Logue et Simon-Pierre Savard-Tremblay représenteront donc 1,5 % des 127 députés élus. Selon les données, la population autochtone compte toutefois pour 2,5 % de la population de la province. Ainsi, bien que la délégation autochtone double au Parlement, elle ne suffit pas à combler le manque à gagner en matière de représentation autochtone. 

«Ultimement, c’est toujours souhaitable d’avoir plus [d’élus autochtones]», avait déclaré Simon-Pierre Savard-Tremblay, en entrevue au Soleil, lors de la campagne. 

Au-delà des résultats d’élection, les prochains jours permettront de mesurer l’influence réelle des nouveaux élus autochtones dans le parlement, alors que le Parti québécois devra notamment dévoiler la composition de son Conseil des ministres. 

En 2022, la députée caquiste, Kateri Champagne Jourdain, était devenue la première représentante des Premières Nations à faire son entrée au Conseil des ministres. Au cours des années qui ont suivi, l’élue originaire de la communauté de Uashat mak Mani-utenam a occupé les postes de ministre de l’Emploi, de la Famille, puis des Ressources naturelles et des Forêts. 

«Quand un parti choisit d’approcher les candidats autochtones, est-ce qu’on leur donne toutes les chances de réussir? Est-ce qu’on leur donne de bons comtés où ils ont des chances de réussir? Est-ce qu’on les accompagne adéquatement […] ce qui signifierait qu’on veut vraiment les avoir dans nos équipes?» avait d’ailleurs questionné la députée sortante, quelques jours avant le scrutin. 

Les yeux rivés sur les «cent premiers jours»

Certains représentants autochtones, dont le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, se sont rapidement emparés des réseaux sociaux, à l’issue du dépouillement des votes, pour saluer l’entrée en poste du nouveau premier ministre, Paul St-Pierre-Plamondon. 

Le chef de l’APNQL n’a pas manqué de rappeler «la quasi-absence des enjeux des Premières Nations dans les débats publics» tout au long de la campagne. Dans une déclaration rendue publique en soirée, il s’en remet notamment au chef du Parti québécois pour «intégrer la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) au sein du corpus législatif québécois». 

«Les cent premiers jours de ce nouveau gouvernement seront une occasion importante de démontrer que les droits, les réalités et les aspirations des Premières Nations occupent une place réelle dans les priorités du Québec», poursuit-il. 

Le grand chef de la Nation wendat, Pierre Picard, s’est quant à lui contenté de féliciter M. St-Pierre Plamondon, avant de nommer sa volonté de «collaborer rapidement avec le gouvernement et l’ensemble des parlementaires». 

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local, Le Soleil