Mélanie Joly veut faire construire un laminoir d’aluminium au Canada

La Presse Canadienne | 23 octobre 2026 | 17:22
La ministre de l'Industrie, Mélanie Joly (Photo La Presse Canadienne/Justin Tang)

L’idée de construire une usine de laminage d’aluminium au Canada afin de ne plus dépendre des laminoirs américains fait son chemin dans l’esprit de la ministre de l’Industrie et responsable du Développement économique du Québec, Mélanie Joly.

Mme Joly était de passage à La Baie, vendredi, pour y annoncer une aide fédérale de plus de 193 millions $ pour des projets dans quatre installations de Rio Tinto au Saguenay-Lac-Saint-Jean et à l’aluminerie Alouette de Sept-Îles, projets qui totalisent près de 955 millions $ d’investissements.

«L’industrie de l’aluminium est bien plus qu’un moteur économique. C’est aussi une industrie stratégique pour notre pays et stratégique pour la souveraineté canadienne», a fait valoir la ministre dans son allocution. Invoquant le bouleversement des règles économiques créé par les droits de douane et l’imprévisibilité du gouvernement américain, Mme Joly a déclaré que «dans ce nouveau contexte, on doit être capable de produire davantage ce dont notre économie a besoin ici, au Canada».

Selon elle, les investissements annoncés vendredi «sont une première étape pour solidifier la chaîne d’approvisionnement de l’aluminium canadien. Ils concernent notre capacité comme pays à produire. Mais ils concernent aussi de soutenir la croissance du secteur canadien et de la transformation de l’aluminium en aval, y compris les extrudeurs d’aluminium».

Mélanie Joly a rappelé que le prix de l’aluminium est gonflé une première fois par des droits de douane en entrant aux États-Unis et une deuxième fois lorsque cet aluminium revient au Canada. En fait, les États-Unis imposent un droit de douane de 50 % à l’aluminium canadien et le Canada impose depuis le 8 septembre dernier un droit de douane de 50 % à l’aluminium transformé provenant des États-Unis pour une surcharge totale de 100 %. Le droit de douane canadien imposé en mars 2025 était de 25 % avant le 8 septembre. 

Des besoins importants pour un laminoir

Les propos de la ministre de l’Industrie laissent entendre que non seulement l’idée fait son chemin, mais qu’elle commence à se concrétiser. «Notre gouvernement considère l’aluminium comme un secteur stratégique pour l’économie canadienne et c’est pour ça que ça fait quand même quelques semaines, quelques mois que je parle de l’importance de la construction de laminoirs au pays, parce qu’on doit compléter notre chaîne de production dans le secteur de l’aluminium et ces laminoirs seront un atout stratégique dans notre industrie, parce que ce n’est pas normal que notre aluminium soit transformé en grande partie aux États-Unis et revienne après à coûter plus cher pour nos entreprises.» 

Mme Joly fait valoir que plusieurs industries – l’agroalimentaire, les breuvages, l’aérospatiale, notamment – «réclament plus d’aluminium transformé et ont des projets de laminoir également. On veut être capable de produire nos canettes d’aluminium chez nous, on veut être capable de produire nos pièces d’avion et d’aérospatiale chez nous et on veut être capable aussi d’avoir des investissements en transformation d’aluminium clé pour notre secteur de la défense».

L’objectif, dit-elle, est de travailler avec les producteurs, comme dans le cas du soutien financier à leurs projets tel qu’annoncé vendredi, mais aussi «avec des entrepreneurs intéressés à développer ces projets de laminoir, être là non seulement pour le financement, pour offrir l’équité, être prêt à prendre aussi de l’aide en liquidité, mais aussi être prêt à prendre des parts d’équité».

Ottawa entend également être en appui pour «être capable d’offrir des contrats d’approvisionnement certainement liés à la défense pour des pièces clés dans le secteur de l´aérospatiale pour justement créer un modèle économique qui a du bon sens pour un laminoir», a-t-elle affirmé.

«La souveraineté économique, ce n’est pas quelque chose qu’on proclame, mais c’est plutôt quelque chose que l’on construit.»

Les investissements annoncés par la ministre sont répartis en deux volets. D’abord, près de 165 millions $ sont destinés aux quatre projets de Rio Tinto qui totalisent des investissements de 818 millions $, en l’occurrence un nouveau centre de coulée de billettes de l’aluminerie d’Alma, la modernisation des fours de cuisson des anodes à l’aluminerie de Grande-Baie, l’amélioration de l’efficacité de l’alimentation en alumines aux installations de Laterrière et l’électrification de l’équipement de la raffinerie Vaudreuil, à Jonquière.

Dans le cas d’Alouette, Ottawa contribue 28,5 millions $ au projet de 135 millions $ visant à moderniser et optimiser ses activités d’électrolyse à l’aluminerie de Sept-Îles. Le Canada compte neuf alumineries de première fusion, dont huit sont situées au Québec. L’autre est en Colombie-Britannique.

Par Pierre Saint-Arnaud