Des tarifs «dollar pour dollar» demandés par l’Association de l’aluminium

Par Myriam Gauthier, Initiative de journalisme local, Journal Le Quotidien.

L’Association de l’aluminium du Canada a joint sa voix à celle d’autres acteurs jeudi en demandant que des tarifs « dollar pour dollar » soient appliqués à des produits américains en réponse à l’annonce de nouveaux tarifs douaniers de 10 % sur l’aluminium primaire canadien.

Le président et chef de la direction de l’organisation, Jean Simard, s’est dit « très déçu » de la décision des États-Unis. Il s’agit de la deuxième fois, en un peu plus de deux ans, que l’aluminium canadien est ciblé par l’administration Trump. Washington avait imposé pendant près d’un an des tarifs douaniers de 10 %, qui avaient été levés à la suite d’une entente survenue en mai 2019.

« On pensait qu’avec l’accord de libre-échange, on passait à un autre chapitre de l’histoire économique entre nos deux pays », a déclaré M. Simard, en entrevue jeudi.

L’administration Trump avait laissé planer la menace de nouveaux tarifs, à la veille de l’entrée en vigueur le 1er juillet du nouvel accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

Cibler des produits de consommation

Ottawa doit répliquer à ces nouveaux tarifs par des représailles équivalentes, a affirmé Jean Simard, avant que la vice-première ministre Chrystia Freeland n’annonce l’intention du Canada d’imposer des contre-mesures.

L’Association de l’aluminium du Canada estime que cette réplique tarifaire doit s’appliquer « dollar pour dollar, pour des produits américains qui entrent au Canada et pour lesquels il y a des produits de substitution ».

Les produits de consommation qui auraient un impact sur certains États plus sensibles dans le contexte électoral doivent être visés, estime M. Simard. Il se disait alors confiant qu’Ottawa soit prêt « à sortir l’arsenal ».

Car cette mesure est à ses yeux, comme pour plusieurs analystes, le résultat d’un enjeu électoraliste à quelques mois de l’élection présidentielle de novembre. « Le président a très bien voulu le démontrer, on l’a vu dans le ton de l’annonce en Ohio. » Et les consommateurs seront les premiers à en subir les impacts de la mesure, par une hausse du prix des produits de consommation fabriqués avec de l’aluminium.

Impacts indirects sur l’industrie

Les nouveaux tarifs américains sur l’aluminium canadien alourdiront le contexte d’affaires pour les producteurs canadiens, après la précarisation de l’industrie causée par la crise. « On n’avait vraiment pas besoin de ça », a laissé tomber le président et chef de la direction.

Les producteurs canadiens devront adapter leur production à la situation afin de demeurer compétitifs. Les impacts qui se feront sentir sur l’industrie seront ainsi indirects, estime M. Simard.

« On va revoir nos lignes de production, mais je vous dirais à très haut niveau qu’il n’y aura pas de fermetures strictement à cause de ça. S’il y a un impact à un moment dans une usine où chez un producteur, c’est que ça s’est ajouté à autre chose. »

+

UNE SURTAXE « MALHEUREUSE », DÉPLORE RIO TINTO

Rio Tinto a pour sa part déploré les effets négatifs de ces nouveaux tarifs douaniers pour les marchés canadiens et américains.

« L’application des droits de douane de la section 232 à l’aluminium canadien est malheureuse, car elle ne fait qu’augmenter les prix pour les consommateurs américains, miner la confiance du marché dans la sécurité des approvisionnements en aluminium en Amérique du Nord et détourner l’attention de la mise en œuvre de l’ACÉUM », a affirmé l’entreprise, dans une déclaration transmise par courriel.

L’entreprise a également indiqué travailler avec ses clients américains afin de minimiser tout impact « négatif sur l’approvisionnement intégré en aluminium en Amérique du Nord ».

Elle s’engage à assurer un approvisionnement régulier en métal aux États-Unis, malgré « les conditions économiques incertaines actuelles ».