Élection fédérale : les candidats « poteau »

On les appelle parfois les candidats « poteau », on les dit, d’autres fois, parachutés, toujours est-il qu’élection après élection, les partis politiques envoient au front des candidats tout à fait inconnus de la population dont ils sollicitent le vote.

Inconnus parce qu’il s’agit de citoyens discrets dans leur vie de tous les jours? Non. Tout simplement parce qu’ils ne possèdent aucune racine dans la circonscription. Pourquoi, alors, les déléguer comme candidat? Arsenal Media s’est intéressé à la question pour vous. 

De façon générale, les associations de circonscription des partis politiques choisissent les candidats qui porteront les couleurs de leur formation. La haute direction des partis s’accorde toutefois la liberté de parachuter leur propre candidat si elle le juge capable de remporter le scrutin. « C’est pour ça qu’on va nommer, parfois, ce qu’on appelle des candidats vedettes, dans les circonscriptions où on sent que les appuis sont serrés et que ça pourrait faire une différence », explique Thierry Giasson, professeur de science politique à l’Université Laval.

Il arrive cependant que le parti ne dispose pas d’organisation sur le terrain ou encore, qu’aucun candidat local ne se manifeste pour le représenter. C’est à ce moment qu’apparaissent les « poteaux », ces candidats sans racine régionale dont le rôle principal consiste à récolter des voix. Pour se faire voir sur l’ensemble du territoire, souligne le professeur Giasson, «on va nommer des gens qui n’ont aucune racine locale, voire qui ne feront pas du tout campagne dans leur circonscription et ça, ça arrive même dans les grandes formations politiques. »

C’est d’ailleurs le cas dans Manicouagan où le Parti libéral du Canada (PLC) et le Nouveau parti démocratique (NPD) présentent de ces candidats étrangers à la région. Le candidat libéral, Thomas Gagné, est un employé politique originaire de l’Outaouais, alors que nous savons encore très peu de choses du néodémocrate Nichola Saint-Jean. Le site web du parti ne donne aucune note biographique à son sujet. Un article du journal Le Droit indique qu’il s’est présenté sous la bannière du NPD-Québec, dans la circonscription de Hull, lors de l’élection provinciale de 2018.

Suivez l’argent

Présenter de parfaits inconnus comme candidats peut aussi se révéler payant pour les formations politiques, rappelle le politologue. « Plus on présente de candidats, plus on peut dépenser en période électorale. Il y a le budget national qui est fixé par le nombre total d’électeurs auxquels [le parti] va s’adresser, et il y a la campagne locale aussi, où on peut récolter des fonds. »

L’ajout d’un nom sur le bulletin de vote permet également au parti d’engranger des voix qui peuvent donner droit à des remboursements de dépenses de la part du Trésor public. Les règles électorales prévoient qu’un parti qui obtient au moins 2% des suffrages à l’échelle nationale, ou 5% du vote d’une circonscription où il a soutenu un candidat, obtient le remboursement de la moitié de ses dépenses autorisées. Le candidat qui récolte au moins 10% des votes voit, lui aussi, une partie de ses dépenses remboursées par les fonds publics.