Garder le moral grâce à une communauté tissée serrée

Iryna Chernyshova et Alexandr Chernishov

Le 23 février restera une date gravée dans la mémoire de Iryna Chernyshova, mais malgré les cruautés qui sévissent depuis un mois dans son Ukraine natale, elle trouve le moyen de garder le moral, et ce, grâce à une résilience inébranlable ainsi qu’un support indéfectible de sa communauté à Saint-Damien.

Arrivée au Canada le 1er décembre 1997, quelques semaines avant la crise du verglas de janvier 1998, avec son mari Alexandr Chernyshov et ses deux enfants, Kseniya Chernyshova et Kyrylo Chernyshov, après cinq ans de démarches, elle suit de près la situation, alors que plusieurs membres de sa famille résidaient encore au pays lors de son invasion par la Russie.

Sa mère de 79 ans, Zynayida Sukhostavska, se trouve parmi les membres de sa famille ayant fui l’Ukraine pour la Pologne. Iryna raconte qu’elle a trouvé refuge dans la capitale de la Pologne, Varsovie.

« Depuis une semaine, elle est accueillie par des gens totalement inconnus, mais tellement généreux. Nous sommes en processus d’obtenir des visas. Elle vient tout juste de passer un test de biométrie. »

Sa nièce Yuliia Andriichenko, est aussi présentement en Pologne, à quelque 100 kilomètres de la capitale dans un centre de refuge pour immigrants d’urgence de guerre. Elle a été contrainte de laisser son mari à Kyiv, puisque ce dernier a été conscrit. Âgée de 31 ans, elle a quitté l’Ukraine en compagnie de sa fille, Iryna, âgée de 8 ans, et sont deux autres membres de sa famille que tente Iryna de faire venir au Québec.

« Je lui ai parlé ce matin (mardi) et elle est bien accueillie. Elle est en sécurité, c’est le plus important. »

Le quatrième membre de sa famille est sa petite-cousine Daria Bozhko, qui elle se trouve en Roumanie. Musicienne professionnelle, la jeune femme de 32 ans est également diplômée en gestion.

Les démarches vont bon train

D’ailleurs, Iryna Chernyshova a indiqué que les démarches pour rapatrier sa famille vont bien. Après l’annonce du gouvernement canadien le 17 mars dernier du programme « Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine », le dossier avance rapidement.

Toutefois, il n’en demeure pas moins que l’attente pour les tests, notamment en biométrie, est parfois longue.

Iryna Chernyshova

De plus, le transport est également une autre problématique. Cependant, Iryna a mentionné que son garçon Kyrylo sera en Pologne aujourd’hui et se rendra à l’ambassade avec une voiture louée afin d’avancer le dossier.

« Ma mère sera la première à recevoir son visa. Il accompagnera donc sa grand-mère jusqu’à l’aéroport pour son vol en direction de Toronto. Si tout va bien, on espère la recevoir au pays d’ici quelques jours. Les autres devraient prendre un peu plus de temps avant d’être en mesure de les accueillir. »

L’horreur à Kyiv

Bien que plusieurs membres de sa famille aient pu fuir l’Ukraine, Iryna a fait savoir que des cousines sont demeurées dans la capitale ukrainienne de Kyiv.

« J’essaie de leur parler quand elles ont accès à l’Internet et qu’il n’y a pas de coupure d’électricité. Nous discutons durant la nuit en raison du décalage horaire, qui est de six heures », explique-t-elle lors d’un entretien téléphonique avec l’auteur de ces lignes.

« C’est difficile. Il est rare que j’appelle et qu’il ne s’agisse pas de mauvaises nouvelles. C’est comme jouer à la roulette russe »

– Iryna Chernyshova

Parmi ses cousines encore en Ukraine, il y a Tatiana, qui vit au 9e étage d’un immeuble à logement dans la capitale.

Iryna Chernyshova

ryna souligne qu’il n’est pas facile de voir les horreurs de la guerre à travers la fenêtre de sa cousine, qui lui montre des images à partir de son téléphone cellulaire.

Iryna Chernyshova

Afin de détendre l’atmosphère, elle raconte des histoires et se remémore des souvenirs avec des photos lorsqu’elle est en communication avec elles via Facetime.

« On essaie de garder le moral malgré tout. Je suis tout de même contente de la possibilité de les voir via cette technologie. Leur vie et notre vie sont complètement changées depuis que la guerre a éclaté », souligne-t-elle.

« Ça m’a énormément ému »

L’histoire d’Iryna est telle que son amie, Lise Losier, a voulu lui venir en aide et apporter son soutien. Comme elle l’a si bien laissé entendre lorsqu’elle a su ce qui se passait : « j’ai vécu une impuissance incroyable et quand je ressens de l’impuissance, je me mets en action », décrit celle qui a rencontré Iryna dans un projet commun à Saint-Damien nommé les Jardins villageois.

Elle s’est d’ailleurs tout de suite mise au travail. Elle a lancé une campagne GoFundMe et hébergera sa nièce Yuliia ainsi que sa fille chez elle lors de leur arrivée au pays le temps qu’elles puissent se trouver un logement. La mère d’Iryna, Zynayida Sukhostavska, demeurera avec Iryna, alors que sa petite-cousine Daria Bozhko restera chez sa fille Kseniya à Montréal.

Lise Losier

Tout de suite, la communauté s’est mise à l’œuvre dans l’optique de soutenir, de quelque manière qui soit, la Damiennoise d’adoption. Les dons de vêtements et de jouets ont afflué, si bien que Mme Losier a annoncé qu’elle avait le nécessaire.

L’employeur d’Iryna, les Jardins de l’écoumène, ainsi que ses collègues, se sont mis de la partie. Le Métro Emery, quant à lui contribué à la hauteur de 1000 $ en aliments. Même un contributeur anonyme a versé 5000 $.

« C’est merveilleux de voir comment la communauté s’est mobilisée. Cette solidarité est bonne pour notre village. Cela amène les gens à dire qu’on fait partie d’un tout et que moi aussi je peux mettre ma petite goutte d’eau », lance Mme Losier.

Quant à Iryna, cette vague d’amour l’a profondément touché. Elle n’avait que de bons mots pour ses concitoyens, ses « villageois préférés », comme elle s’est prise à dire.

Iryna Chernyshova

 Je remercie tout le monde pour le soutien et le support. L’amour est plus fort et cette entraide est la preuve que je crois en l’humanité, et ce, malgré toutes les cruautés dans le monde. »

– Iryna Chernyshova

L’argent amassé par la campagne, dont l’objectif est de 30 000 $, lui permettra d’acheter les billets d’avion pour sa famille et de pouvoir subvenir à leurs besoins durant six mois.

Jusqu’à présent, la campagne a dépassé les 11 000 $ sur GoFundMe

Le transfert Interac est également privilégié. Les donateurs peuvent envoyer leur don à l’adresse courriel suivante : [email protected]. Mme Losier assure que le tout se fera dans la transparence le plus total, car toutes les factures seront imprimées et mises à la disposition de la population. Enfin, elle est aussi l’administratrice d’une page Facebook, qui tient les abonnés au courant des dernières nouvelles : https://www.facebook.com/solidaireavecIryna/.


Que de bons mots pour la Côte-Nord

Bien avant qu’elle ne s’installe avec son mari à Saint-Damien, Iryna et sa famille ont déposé pied au Québec à Sept-Îles. À leur arrivée, son mari Alexandr s’est déniché un emploi chez Métal 7 à titre de directeur du département de recherche et de développement. Pour sa part, elle agissait à titre d’agente de contrôle des animaux à la SPCA de la Côte-Nord, elle qui est zoologiste de profession, spécialisée en serpents.

Elle a d’ailleurs adoré son passage sur la Côte-Nord, dont elle garde d’excellents souvenirs.

Iryna Chernyshova

Deux raisons l’ont poussé à immigrer vers le Canada : la « perestroïka », nom donné aux réformes économiques et sociales menées par le président de l’ex-URSS Mikhail Gorbatchev entre 1985 et 1991, ainsi que l’incident de la centrale nucléaire de Tchernobyl en avril 1986.

« Je voulais donner la chance à nos enfants de vivre dans l’air pur de Dame Nature et grandir en bonne santé », ajoute-t-elle.

La famille a ensuite déménagé à Montréal, afin que sa fille puisse étudier. Elle a d’ailleurs été acceptée à l’École nationale de théâtre, où elle a gradué. Pour son fils, il s’est tourné vers Chicoutimi. Il a poursuivi des études en aviation et est désormais pilote d’avion pour Air Canada.

Texte Steven Lafortune Mon Jolliette