«Hydro-Québec bafoue les droits des Innus de Pessamit»

Réservoir Manicouagan (photo: Facebook Pourvoirie Boréal 51)

Les dirigeants de Pessamit critiquent Hydro-Québec concernant sa gestion du réservoir Manicouagan. « La société bafoue les droits d’une Première Nation en négligeant de se conformer à l’obligation de consultation », dénonce le vice-chef Gérald Hervieux. De son côté, la société d’État veut rester à l’écoute de la communauté. La PDG Sylvie Brochu est disponible pour une rencontre à Pessamit.

Selon le vice-chef Hervieux, Hydro-Québec est trop pressée en voulant rehausser le réservoir. Il qualifie de tricherie l’intention du gouvernement et de sa société d’État. « Hydro-Québec ajoute l’insulte à l’injure, en informant les locataires de terrains non autochtones, sans daigner en informer les Innus », lit-on dans un communiqué du conseil des Innus de Pessamit.

«La Première Nation s’est impliquée de bonne foi. Elle a déposé un mémoire le 6 juillet 2021. Hydro-Québec ne souhaite pas s’embarrasser de procédures avec les Innus», commente le vice-chef.  

Le porte-parole d’Hydro-Québec dans le dossier, Francis Labbé, soutient bien au contraire que les commentaires et les préoccupations des Innus de Pessamit ont été sollicités à plusieurs reprises. Hydro respecte la décision de décembre 2020 de la Cour supérieure qui lui demande de ne pas exploiter le réservoir Manicouagan au-delà de la cote de 355,95 mètres sans autorisation. Actuellement le niveau du réservoir est de 352 m, précise Francis Labbé. « Nous connaissons un été de faible précipitation. Pour atteindre 355 m, il faudra attendre la crue du printemps prochain de toute façon », mentionne-t-il.

«Trop de belles paroles» selon le chef

Le chef du Conseil des Innus de Pessamit, Jean-Marie Vollant, est quand même insulté. «On est loin de l’appel au dialogue lancé par la présidente d’Hydro-Québec Sophie Brochu dans le cadre de son programme «Énergie en commun». On est loin des belles paroles du gouvernement en matière de relations avec les peuples autochtones», affirme-t-il. «Encore une fois, nous sommes considérés et traités comme un peuple de second ordre.»

Se disant offusqué de l’approche colonialiste que privilégie Québec, le chef Vollant rappelle que le Nitassinan de Pessamit est le territoire le plus exploité au Québec pour ses ressources hydroélectriques. Le chef Vollant a écrit une lettre à la PDG d’Hydro-Québec et aux ministres Benoît Charrette et Jonathan Julien pour demander une rencontre rapide dans le dossier.

La PDG Sylvie Brochu est ouverte à rencontrer la communauté. Sa vice-présidente Julie Boucher a rapidement répondu par écrit à l’invitation du chef Vollant. L’exploitation du réservoir Manicouagan fait l’objet de discussions soutenues avec le conseil de Pessamit depuis 2016. Hydro-Québec a besoin des autorisations du ministère québécois de l’Environnement et du ministère des Pêches et des Océans du Canada pour atteindre la cote maximale d’exploitation, qui est de 359,66 m. Hydro a demandé ces autorisations en octobre 2020 et elles n’ont pas été émises.