Le service ambulancier est au bord de la rupture sur la Côte-Nord

La pénurie de personnel préhospitalier est la principale cause d’un nombre record de bris de services pendant la dernière année. Baie-Comeau, Forestville et Sept-Îles sont les secteurs les plus concernés et la rétention du personnel y est de plus en plus compliquée. 

Le constat est sans appel, 4005 heures ont connu un bris de service sur la Côte-Nord entre le 1er avril 2021 et le 31 mars 2022. La Fédération des employés du préhospitalier du Québec (FPHQ) a demandé aux CISSS des données précises. « C’est la première fois qu’on a recours à la loi d’accès à l’information car la question ne se posait pas avant » s’inquiète le président du syndicat Daniel Chouinard. 

« Pendant 857h des camions ont été coupés à Baie-Comeau »

Baie-Comeau est le secteur le plus impacté avec un total de 857 heures de rupture dont 556 ont pour origine un manque de personnel. Sept-Îles en compte près de 500 dont 383 heures pour manque de personnel.  

De nombreuses démissions

Daniel Chouinard explique que la situation ne va pas en s’arrangeant : « on déplore 14 démissions sur la Côte-Nord ces derniers mois, seulement pour les fraternités que l’on représente ». À ce jour, sa Fédération comprend 2000 paramédics sur l’ensemble du Québec dont 60 sur la Côte-Nord. 

Si autant de démissions sont constatées, c’est en raison du nombre d’heures que sont obligés de faire les paramédics pour combler le manque, explique M. Chouinard. « Ils ne peuvent même plus prendre leurs congés et doivent faire sans cesse du temps de travail supplémentaire obligatoire. Rendus-là, ils préfèrent aller travailler à l’usine. » 

Pour éviter des ruptures totales, les sociétés ambulancières comme Paraxion ont recours à des solutions passagères. Manuel Charest, directeur aux opérations intérimaires de la Côte-Nord pour Paraxion concède que beaucoup de temps et d’énergie sont consacrées pour combler les quarts de travail : « on fait appel à des entreprises extérieures, on libère des paramédics au Cégep pour nous aider. » Sa société va même jusqu’à prêter gracieusement un véhicule au Cégep de Baie-Comeau pour aider à la formation. 

« Le problème c’est qu’une fois diplômés, ils partent dans les grandes villes » 

Daniel Chouinard de la FPHQ croît que le problème vient des conditions de travail qui ne sont pas les mêmes partout. « Sur la Côte-Nord, les employés sont payés au quart de faction, il faut les payer tous à l’heure comme c’est le cas dans plus les grandes villes. » 

« La vie des personnes ne vaut pas moins cher en région qu’en ville » 

4 heures pour être conduit à l’Urgence

Le cas du 13 juillet dernier est un exemple concret des conséquences de ces bris de service. Ce soir-là, aucune ambulance n’était en fonction à Manic-5 et deux sur trois l’étaient à Baie-Comeau. Le secteur d’action était donc largement étendu.

Une première ambulance de Baie-Comeau a dû prendre un appel à plus de 200km de sa base. Pour se rapprocher, le patient s’est déplacé en véhicule permettant à l’ambulance de le récupérer une heure plus tard. Cette ambulance a eu une panne électrique la contraignant à s’arrêter et à devoir appeler l’autre ambulance en renfort. 

Le patient et les paramédics ont dû attendre l’ambulance de renfort plus d’1h15 dans le noir sans électricité. Le patient a finalement été conduit à l’hôpital 4h après son appel et aucune ambulance n’était disponible dans tout le secteur pendant plusieurs heures dont les conséquences auraient pu être graves.

M. Charest de Paraxion a expliqué que ce genre de situation est exceptionnel et que le problème électrique ne résulte pas d’un problème d’entretien du véhicule.