RETRO 2022 | Moins de restauration et de services de santé, abandon d’un projet de CPE…: la pénurie de main d’œuvre s’est accentuée

Tout en célébrant son 30e anniversaire, Alouette Sept-Îles a dévoilé son plan Carbo neutre 2050. (Photo Archive Jean St-Pierre, Macotenerd.com)

Pénurie de main d’œuvre sévère, mais aussi pénurie de logements pour les travailleurs en fly-in/fly-out, ce qui complique la vie des familles qui cherchent à se loger à prix raisonnable. Même les grandes entreprises comme Aluminerie Alouette et ArcelorMittal admettent que le recrutement devient un frein au développement.

Les secteurs de la restauration et des services sont les plus impactés par la situation particulière. «Pandémie combinée au manque de main d’œuvre, les commerçants et gestionnaires ont vécu une troisième année difficile. La restauration est l’exemple le plus évident. « On sent la fatigue! » a résumé récemment le coprésident de la Chambre de commerce de Sept-Îles, Uashat mak Mani-utenam, Gabriel Striganuk.

Les responsables du Centre de la petite enfance Sous le bon toit ont annoncé en 2022 l’annulation du projet de troisième installation prévoyant 79 nouvelles places en garderie pour Sept-Îles. Le recrutement de personnel est trop difficile, estiment les administrateurs du CPE.

Recrutement et rétention

Les employeurs bonifient les conditions de travail pour réussir parfois à recruter. Reste ensuite à garder le personnel en poste, le grand problème du réseau régional de la santé. Encore en 2022, beaucoup d’employés permanents du CISSS Côte-Nord ont quitté, malgré les efforts de recrutement au Québec et à l’international.

Le propriétaire de Remorquage F.G., Frédéric Gagnon a même été contraint d’héberger des travailleurs à sa maison pour honorer ses contrats. Le manque de logements ou de maisons abordables crée une situation intenable pour plusieurs entrepreneurs, témoigne-t-il.

Il y a peu de maisons à vendre sur le territoire de la MRC des Sept-Rivières. Elles se vendent plus rapidement et elles sont plus dispendieuses. L’hébergement des travailleurs en fly-in/fly-out à Sept-Îles est déjà un sérieux problème. L’ajout de grands chantiers à l’hôpital et à l’aréna entre autres, préoccupe grandement le directeur général de la Ville Patrick Gwilliam.

Dans l’actualité économique en 2022

Alouette rêve d’aluminium vert

Tout en célébrant son 30e anniversaire en 2022, Alouette Sept-Îles a dévoilé son plan vers la carboneutralité des opérations de l’aluminerie de Pointe-Noire d’ici 2050. Première étape, le gaz naturel liquéfié est arrivé en février chez Alouette et sur la Côte-Nord au terme d’un investissement de plus de 23 millions de dollars.

Le dossier Carbo Neutre 2050 est sur le dessus de la pile, a déclaré le président et chef de direction Claude Gosselin devant les gens d’affaires des Sept-Rivières. Il a avoué qu’on ne sait pas encore quel chemin prendre pour atteindre l’objectif de la décarbonisation, mais que l’on investit en recherche et développement.

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ArcelorMittal et le biocarburant port-cartois

Une entente entre BioÉnergie A.E. Côte-Nord et ArcelorMittal a permis le redémarrage de l’usine de biocarburant, une relance de la scierie d’Arbec, de la coupe forestière et du transport du bois à Port-Cartier. La reprise en foresterie depuis le printemps représente entre 200 et 250 emplois.

Depuis mai, l’usine construite en 2017 fournit un carburant durable à ArcelorMittal. L’entente entre les deux entreprises favorise la transition énergétique à l’usine de boulette de fer. Arcelor a remporté un Prix EnviroLys pour cette innovation avec l’utilisation de l’huile pyrolytique port-cartoise.

Tout coûte trop cher!

Le coût des matériaux, la rareté de la main d’œuvre et des entrepreneurs ont entraîné une hausse des coûts de tous les projets que la Ville de Sept-Îles voulait mettre en chantier en 2022. Les élus ont été obligés de faire des choix. Par exemple, le conseil municipal a jugé inacceptable la seule soumission proposant des frais six fois plus chers que les estimés pour l’installation d’éclairage sur un terrain de soccer.

Pour le futur chantier jugé essentiel de reconstruction de l’aréna Conrad-Parent, il coûtera autour de 30M$, soit neuf millions de plus que les estimés de 2019. C’est presqu’autant que le projet de Complexe multisport, évalué à 33 millions de dollars en 2017.

Inquiétude dans les pêcheries

L’avenir de la pêche de la crevette est compromis par la diminution de la ressource. Le scientifique qui étudie l’état des stocks des bans du Saint-Laurent tous localisés sur la Côte-Nord, Hugo Bourdage n’a pas caché ses inquiétudes le printemps dernier. Nos succulentes crevettes nordiques sont impactées face aux changements climatiques qui entraînent un réchauffement de l’eau.

Produit au centre de l’industrie, le crabe des neiges lui a coûté plus cher cette année dans les commerces de la Côte-Nord et du Québec. Selon la propriétaire de la Poissonnerie Soucy à Sept-Îles, Frédérique Néron, en plus de la hausse du prix de l’essence et de la pénurie de main-d’œuvre, la rareté de la ressource dans certaines zones en début de saison expliquait le coût plus élevé pour les consommateurs.

Retour record croisières internationales

Destination Sept-Îles Nakauinanu a vécu des moments historiques en 2022. L’escale de Sept-Îles a reçu trois navires de croisière supplémentaires, après que la tempête Fiona ait forcé les compagnies de croisières à revoir leur itinéraire. 

Le quai des croisières a donc accueilli un record de 11 navires en 2022, dont le Queen Mary II de retour après deux ans de pandémie. La corporation Destination Sept-Îles Nakauinanu s’est surpassée en recevant cinq bateaux en six jours du 27 septembre au 3 octobre. L’imposant Caribbean Princess a clôturé la saison le 23 octobre en réalisant son deuxième voyage au quai des croisières de Sept-Îles.

Innus en business

La Société Développement Économique Uashat mak Mani-utenam se lance dans les acquisitions d’entreprises. Elle est devenue actionnaire majoritaire de Plan Xpert à Sept-Îles. Le directeur de l’organisme Ken Rock assure qu’il s’agit d’une première, mais qu’il y aura d’autres acquisitions.

La SDÉUM a confirmé récemment une réorganisation de ses services pour créer deux entités: volet entreprise et volet communautaire OBNL. Les organisations innues prennent une place croissante dans l’économie de la région. Le président de la SDÉUM Kenny Régis rappelle que Uashat mak Mani-utenam vit un boom, qui rapporte à toute la région de Sept-Îles.

L’avenir est aux terres rares…

Le promoteur du projet Strange Lake pour l’ouverture d’une mine de terres rares au nord de Schefferville, Métaux Torngat a annoncé à l’automne un investissement de 50M$ US, pour avancer vers la production nord-américaine de minerai avec une faible empreinte carbone, qui transiterait par le Port de Sept-Îles.

Torngat vise la fabrication d’aimants permanents pour les moteurs électriques. L’argent permettra de compléter les études de faisabilité. Métaux Torngat devra ensuite trouver 650 millions pour ouvrir une mine à Strange Lake, sur le gisement de terres rares le plus important en Amérique du Nord. Le projet devient précieux pour la transition vers l’électrification et une économie plus verte, selon le promoteur.

… et à l’hydrogène vert

Une jeune compagnie présidée par l’ancien Septilien Jonathan Martel a dévoilé en mai ses démarches pour la construction à Pointe-Noire d’une usine de production d’ammoniac vert. Il y a beaucoup de projet d’hydrogène vert au Québec réalisable d’ici 2026.

Celui de Sept-Îles se démarque en produisant aussi de l’ammoniac. Selon le promoteur Jonathan Martel, Sept-Îles dispose à la fois de l’électricité nécessaire au Poste Arnaud et de plusieurs clients industriels potentiels.