Rétro 2023 | Économie du fer et de l’aluminium… et bientôt de biochar et d’acier vert

Le maire Alain Thibault pose au centre des partenaires de la nouvelle compagnie Carbonity, qui se lance dans la transformation de l’ancienne usine de pâte de Port-Cartier pour le biochar. (Photo Jean St-Pierre, Macotenord.com)

Les mines et métaux à la base de l’économie de la Côte-Nord évoluent à partir de marchés cycliques, mais continuent de fournir beaucoup d’emplois de qualité à la région. Plus que jamais en 2023, la grande industrie a partagé ses réflexions sur les changements à venir pour décarboner les procédés. L’année a aussi vu se pointer de nouveaux grands donneurs d’ordres comme Carbonity à Port-Cartier et H2 Green Steel intéressé à s’établir à Sept-Îles.

Les grandes entreprises de la Côte-Nord ont poursuivi divers investissements qui démontrent leur établissement pour longtemps. C’est le cas de l’Aluminerie Alouette. L’entreprise septilienne a réalisé le plus important projet depuis sa phase 2 avec 170 millions de dollars pour la reconstruction de deux fours à cuisson d’anodes. L’impressionnant chantier a mobilisé environ 300 travailleurs.

La conjoncture est favorable aussi pour les minières actives sur la Côte-Nord et au Labrador. Appelé à joindre la liste des minéraux stratégiques, le fer de haute pureté présente des perspectives très encourageantes, tant pour augmenter la production que pour se lancer dans la transformation en région, ont expliqué les experts du Mouvement Desjardins Steeve Chapados et Marc-Antoine Dumont lors de la Conférence L’État du fer au Québec.

Carbonity Port-Cartier

L’annonce économique la plus réjouissante de 2023 est survenue en juillet à Port-Cartier, qui accueille la première usine de biochar au Canada. La nouvelle entreprise Carbonity transforme la vieille usine de pâte et papier pour produire du biochar. L’usine en opération dès 2024 complétera un complexe avec la scierie d’Arbec et l’usine de biocarburant Bio Énergie A.E qui elle, alimente l’usine de boulette de fer d’ArcelorMittal.

La création de Carbonity a été annoncée en présence du ministre québécois de l’Économie et de l’Innovation Pierre Firzgibben. Trois entreprises privées, Airex Énergie, Groupe Rémabec sont derrières les investissements de 85M$. L’usine créera 75 emplois. Elle transformera les résidus forestiers de la scierie Arbec en puits de carbone et en engrais à hautes qualités environnementales.

H2 Green Steel

Tous les espoirs sont permis pour l’implantation d’une aciérie verte d’ici 2030 à Sept-Îles. L’entreprise suédoise H2 Green Steel veut faire des Septiliens et des Innus ses partenaires. Elle discute avec Québec pour obtenir le bloc d’énergie nécessaire. Les six milliards de dollars d’investissements prévus serviront à l’aménagement de trois usines à Pointe-Noire, dont une usine d’hydrogène et une aciérie.

H2GS complétera en 2024 le premier complexe mondial du genre au monde. La compagnie européenne a fait ses recherches pour trouver le meilleur site en Amérique. «Sept-Îles est apparu naturellement, puisque l’on recherchait un large bloc d’électricité, des installations ferroviaires et portuaires, et l’acceptabilité sociale.»

D’autres usines pourraient apparaître ou renaître à Pointe-Noire-Sept-Îles. En collaboration avec un important aciériste d’envergure internationale, Minerai de fer Québec, filiale de Champion Iron, étudie la possibilité de remettre en service l’usine de bouletage de minerai de fer de Pointe-Noire, afin de produire des boulettes de qualité RD.

L’Agence d’évaluation d’impact du Canada a aussi organisé une première consultation publique concernant le projet minier de terres rares à Strange Lake, au nord-est de Schefferville. Le minerai serait acheminé vers une usine de séparation de haute pureté à Pointe-Noire-Sept-Îles, confirme le promoteur, Torngat Metals.

Cercle économique à Uashat

Dix-sept engagements ont été pris dans le cadre du Cercle économique régional des Premières Nations et du Québec à Uashat en septembre. Les engagements signés par Aluminerie Alouette, Arcelor Mittal, Minerai de fer Québec, Port de Sept-Îles, ITUM et Hydro-Québec touchent le respect du territoire, la cohabitation, l’approvisionnement et le développement durable.

De grandes organisations s’engagent ainsi pour une meilleure inclusion des Premières Nations à l’économie. Près de 250 participants ont profité de ce rassemblement riche en discussions en coulisse prometteuses pour l’avenir. « Il a construit des ponts pour du développement et des partenariats durables. » Selon le responsable de l’organisation Jonathan Pinette-Grégoire, le réseautage va rapporter gros à la Côte-Nord.

Le directeur des services à la Société de Développement de Uashat mak Maliotenam Jonathan Pinette-Grégoire au Cercle économique des Premières Nations et du Québec. (Photo SDEUM)

L’événement a démontré hors de tout doute la croissance des sociétés autochtones et la volonté des leaders innus d’être présents dans les décisions et les partenariats. Plus tôt dans l’année, une nouvelle entente Innu-Chine a été conclue entre la Société de Développement économique de Uashat mak Mani-utenam et le fournisseur d’équipements chinois Boton. Elle ouvre la porte pour d’autres opportunités économiques.

La multinationale Rio Tinto a favorisé le partenariat. Sa filiale IOC a réalisé un virage important avec une grande première historique pour les Premières Nations du monde entier, constate Ken Rock directeur général de la SDEUM. Il rappelle que les Chinois achètent 50% du fer produit dans le monde, dont celui de la fosse du Labrador au cœur du Nitassinan.

L’énergie de la Côte-Nord

Après 14 ans de chantier au nord de Havre-Saint-Pierre, le premier ministre du Québec a inauguré en octobre le grand complexe hydroélectrique de La Romaine. « C’est vraiment le symbole du génie québécois », a lancé François Legault au côté de l’ancien PM Jean Charest. Les quatre barrages de la rivière Romaine comptent huit groupes alternateurs pour 1550 mw. Ils ont coûté 7,4 milliards de dollars.

Le nouveau plan stratégique d’Hydro-Québec publié récemment prévoit des investissements importants et la Côte-Nord aura certainement sa part. Le plan confirme l’ajout de puissance de plus de 10 000 MW d’ici 2035, dont 4 200 MW de nouvelle capacité de production hydroélectrique.

La société d’État a commencé le processus d’études pour le harnachement de la rivière Petit Mécatina en Basse-Côte-Nord. Dans son nouveau plan d’action, Hydro-Québec annonce qu’elle entame une démarche de réconciliation économique avec les Premières Nations. Le dialogue est déjà amorcé avec une visite du PDG d’Hydro-Québec Michael Sabia, en novembre à Unamen Shipu.

Apuiat en chantier

Championne de la production d’énergie à partir de barrage, la Côte-Nord aura son premier parc éolien à l’automne 2024. Le chantier supervisé par Boralex est bien amorcé sur le futur site à Rivière-Pentecôte et ailleurs. Les investissements de plus de 600 M$ pour la mise en service d’une trentaine d’éoliennes se font en partenariat avec les communautés innues qui sont actionnaires à 50%.