Sébaste | La ministre Lebouthillier tente de calmer le jeu

La ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne n’a toujours pas de plan d’urgence pour soutenir les crevettiers qui traversent une crise alors que leurs quotas pour l’année 2024 n’est que de 3060 tonnes.

Dans un point de presse pour faire le point sur la situation lundi matin à la suite des réactions des pêcheurs et de l’industrie, Diane Lebouthillier maintient le cap, rappelant que les crevettiers auront 10 % du quota de sébaste alors que la pêche de cette espèce est relancée cette année.

Une lettre envoyée la semaine dernière par la Coalition du golfe réclame à nouveau un fonds d’urgence pour les crevettiers, ainsi que des rachats de permis.

« Les rachats de permis ne vont pas tout régler. Il y a des pêcheurs qui veulent garder leurs permis. Je ne veux pas qu’on perde l’expertise. C’est ce qui s’est fait à l’époque avec le moratoire sur la pêche à la morue. L’ouverture de la pêche commerciale au sébaste, c’est de la diversification économique et j’entends bien continuer à travailler dans ce sens-là », répond Mme Lebouthillier.

Il y a quelque 80 crevettiers dans l’Est du Canada qui craignent de faire faillite malgré tout ce qu’Ottawa peut faire pour les soutenir.

« On va continuer à travailler avec le milieu. On a réservé des sommes allouées au Fonds des pêches pour faire en sorte que l’industrie s’adapte. Je comprends que la période est difficile. Pour moi, on n’est pas à la même place où on était en 1990 lorsqu’il y a eu le moratoire sur le poisson de fond. On a des opportunités actuellement. On a vu d’autres tempêtes et on va passer au travers ensemble », conclut la ministre.

Celle qui est aussi députée de Gaspésie-Les Îles-de-la-Madeleine a pris soin de rappeler que le quota annoncé de 25 000 tonnes est un minimum.

« Je veux remettre les pendules à l’heure sur plusieurs éléments clefs notamment le fameux plancher de 25 000 tonnes de sébaste. Je veux être claire : le plancher de 25 000 tonnes n’avait que pour seul but de donner de la prévisibilité aux intervenants. Suite aux annonces de la semaine dernière, si tous se mettent d’accord pour recommander un total autorisé des captures de plus de 25 000 tonnes, sachez que je suis parfaitement ouverte à l’octroyer », lance Mme Lebouthillier.

La semaine dernière, les sciences du MPO évoquait un possible quota pouvant dépasser les 300 000 tonnes.

La ministre souligne que 10 % du quota annoncé est réservé aux crevettiers.

« C’est pourquoi j’invite tout le monde à la grande prudence en évitant de tomber dans des raccourcis mathématiques rapides. Je sais que ce n’est pas facile en ce moment, mais collectivement, on a tous un rôle à jouer pour éviter d’envenimer inutilement la situation actuelle à coup d’envolées verbales et de suppositions », suggère l’élue.

Le comité consultatif poursuivra ses consultations ces prochaines semaines pour faire une proposition à Ottawa.

Les bateaux-usines constituent une source de débat au sein de l’industrie.  

Les quotas ont été diminués pour eux afin de les remettre aux crevettiers et communautés autochtones.

« Bref, la décision de la semaine dernière offre encore plus d’opportunités aux plus petits joueurs qui voient leur rapport de force augmenter depuis le moratoire de 1993. Tenter de prétendre l’inverse est tout simplement faux », lance la ministre.

« La pêche au sébaste sera une pêche à quota. Ce n’est pas vrai qu’on va vider le fond de la mer en 2024. Il faudra me passer sur le corps avant de voir ça de mon vivant », affirme Mme Lebouthillier.

« On ne vivra pas les erreurs du passé », ajoute-t-elle.

Questionnée sur la présence de bateaux-usines, Mme Lebouthillier insiste à nouveau sur une pêche à quota.

« Ce n’est certainement pas après 30 ans de fermeture qu’on va faire en sorte qu’il y ait de la surpêche et qu’on referme la pêche pour les 30 prochaines années », mentionne la ministre qui n’a pas l’impression d’avoir déplu à l’industrie québécoise à la suite des annonces de la semaine dernière.

Les pêcheurs craignent une pêche compétitive, mais un haut responsable de Pêches et Océans Canada, mentionne qu’aucune décision n’est prise à ce moment-ci.

« Ça se pourrait que pour chaque allocation, pour chaque flottille, pour une période intérimaire, on pourrait utiliser une pêcherie compétitive où tous les pêcheurs autorités dans cette flottille pourraient pêcher jusqu’à la capture du quota. Cette approche n’a pas encore été décidée. On travaille avec le comité pour étudier les options », mentionne Adam Burns.

Par Nelson Sergerie