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La colère gronde chez les Premières Nations après une intervention musclée à Ekuanitshit
Jean-Charles Piétacho, chef d'Ekuanitshit (Photo La Presse Canadienne) L’indignation et la frustration prolifèrent chez les Premières Nations, qui sont nombreuses à décrier «l’opération musclée» organisée à Ekuanitshit, lundi. «Attitude de violence», «incident regrettable», «tensions inutiles», «inacceptable et préoccupant»: les élus autochtones de la province multiplient les qualificatifs pour dénoncer fermement les événements survenus lundi soir dans la communauté innue d’Ekuanitshit.
Ils ont été nombreux à investir les réseaux sociaux, au cours des dernières heures, pour montrer leur appui à la communauté de la Côte-Nord, où des agents de la faune et de la Sûreté du Québec ont pris pour cible le domicile d’une femme, soupçonnée d’avoir en sa possession une carcasse de caribou forestier.
L’événement survient à l’issue de plusieurs semaines de tensions, dans un contexte marqué par la diffusion d’images montrant l’abattage de plus de 400 caribous par des chasseurs innus.
La frustration a toutefois monté d’un cran lundi alors que l’intervention, largement relayée sur les plateformes numériques, n’a pas manqué de générer une levée de boucliers chez les internautes, nombreux à faire valoir leur indignation.
Une vague de soutien
Depuis, les critiques et les messages de soutien affluent. Plusieurs chefs ont joint leur voix à celle du chef d’Ekuanitchit, Jean Charles Pietacho, pour condamner la situation.
«Nous sommes titulaires de droits et ils ne peuvent être minimisés ou niés par des instances provinciales. Nous exerçons nos activités coutumières sur un territoire que nous n’avons jamais cédé ni abandonné», a déclaré le grand chef de la Nation wendat, Pierre Picard, qualifiant la situation d’«incident regrettable».
De son côté, le Conseil de la Nation Anishnabe de Lac Simon s’est empressé de condamner «avec la plus grande fermeté l’attitude de violence adoptée par les agents de la faune et la Sûreté du Québec».
«Criminaliser ou intimider des aînées et des membres qui exercent leurs droits ancestraux va à l’encontre de l’esprit de réconciliation et du respect des peuples autochtones.»
Même son de cloche du côté du Conseil des Atikamekw de Manawan qui, devant cette «intervention musclée», se dit «préoccupé» de voir les forces de l’ordre recourir «à la force dans un contexte où des familles exercent leurs droits ancestraux».
«Les droits issus de l’occupation millénaire du territoire sont reconnus et protégés par la Constitution canadienne et ne peuvent être traités comme de simples infractions réglementaires.»
Le Corps de police de Pukua Shipi (CPPS), une communauté innue de la Basse-Côte-Nord, va plus loin, en interdisant formellement l’intervention d’agents de la faune sur son territoire, afin de «prévenir toute escalade».
«Dans le contexte actuel, aucun agent de la faune ne sera autorisé à intervenir dans la communauté. Les autorités concernées ont été contactées afin de s’assurer qu’aucun déplacement n’ait lieu sur le territoire», a fait savoir le CPPS, mardi.
«Cette opération a compromis la sécurité des membres de la communauté et mis en péril le climat de confiance essentiel à toute intervention sur un territoire ancestral», a à son tour tranché l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), par voie de communiqué.
«L’accès au caribou ne constitue pas un loisir: il est un pilier de la sécurité alimentaire et de la santé des communautés, particulièrement dans les territoires éloignés.»
Éviter une escalade des tensions
En réponse au soulèvement créé par «l’incident», le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit et ministre de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, en appelle au calme.
«Je suis en contact avec les chefs d’Ekuanitshit et de Nutashkuan, a-t-il indiqué. Je veux entendre leurs préoccupations et trouver des solutions ensemble pour éviter que les tensions augmentent.» Une rencontre devrait avoir lieu «prochainement», selon le ministre caquiste.
Il ajoute que les opérations des agents de la faune sur le territoire sont actuellement suspendues. «Prenons le temps d’aller au fond des choses et de trouver des solutions.»
Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local, Le Soleil