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Réchauffement de l’eau, prédation par le sébaste… les temps sont durs pour la crevette de Sept-Îles, selon le biologiste du MPO
L’avenir de la pêche à la crevette nordique au large de Sept-Îles s’annonce sombre, malgré une stabilisation des stocks. Les indices d’abondance de la ressource sont peu encourageants, constate le biologiste du ministère des Pêches et des Océans (MPO) Hugo Bourdage.
Le ministère accorde tout de même une légère hausse de quotas aux quelques pêcheurs de crevette encore actifs pour le début des captures permises le 1er avril. Après la baisse drastique de l’an dernier qui a amené plusieurs entreprises de pêche à diversifier leurs activités, le plan de pêche pour 2026 dévoilé hier consent une augmentation de 42% pour un total de prise admissible de 5419 tonnes dans les quatre zones de pêche du Saint-Laurent.
Alias considéré comme meilleur banc de crevette nordique, le secteur de Sept-Îles connaît le plus fort déclin, concède le biologiste Hugo Bourdages. « Il y a eu des années où on a dépassé les 15 000 tonnes pêchées au large de Sept-Îles. Depuis 2 ans, on n’a pas dépassé 500 tonnes. »
Seul le stock de l’Estuaire se porte réellement mieux. Anticosti et Esquiman (Basse-Côte-Nord) vivent aussi un sérieux déclin. Le creux du plus bas niveau de crevette a été atteint en 2023. Depuis, le biologiste note une légère amélioration, ce qui explique la hausse cette année.
Entrevue avec Hugo Bourdages biologiste de l’Institut Maurice-Lamontagne du ministère des Pêches et des Océans
Le département des sciences du MPO réalise ses propres sorties en mer pour évaluer l’évolution des stocks de crevettes. Le navire de recherche effectue plus de 200 échantillons chaque année dans toutes les zones depuis 1990 pour évaluer la biomasse de crevette.
Une lueur d’espoir
La température de l’eau et l’oxygène a changé l’habitat de la crevette nordique, analyse M. Bourdages. Cela a aussi modifié la zone de distribution. Dans le secteur de Sept-Îles, elle se retrouve maintenant en eau un peu moins profonde.
L’augmentation des quantités de sébaste dans l’habitat de la crevette a assurément joué un rôle dans le déclin, selon le biologiste. Hugo Bourdages remarque une stabilisation de l’impact des trois grandes causes, le réchauffement de l’eau, l’oxygène et le sébaste.
« Dans les prochaines années, la reprise va dépendre du recrutement… Est-ce qu’il y aura une bonne survie des jeunes crevettes? » La crevette préfère les portions du Saint-Laurent qui se maintiennent entre 4 et 6 degrés. La température a frôlé 7 degrés au large de Sept-Îles.
« À plus long terme, les différents scénarios de changement climatique montrent que le golfe Saint-Laurent, les eaux profondes vont continuer à se réchauffer. La crevette cherche à s’adapter dans ce milieu changeant. Elle a une porte de sortie dans chacun des stocks en se déplaçant dans une couche intermédiaire plus froide et stable. Il y aura toujours un habitat qui lui est favorable, mais de plus petite superficie. »