Ian Lafrenière, l’homme de confiance de Christine Fréchette

La Presse Canadienne | 22 avril 2026 | 15:53
Le ministre Lafrenière avec le chef de la nation wendat Pierre Picard et le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul. (Photo la Presse Canadienne)

Accédant au très symbolique titre de vice-premier ministre, Ian Lafrenière continue de prendre du gallon au sein du gouvernement et devient le véritable bras droit de Christine Fréchette. À titre de ministre des Relations avec les Premières Nations, il a été le ministre de la CAQ le plus présent sur la Côte-Nord des 4 dernières années, après la ministre régionale Kateri Champagne Jourdain.

On a vu le nouveau vice-premier ministre, Ian Lafrenière faire campagne fidèlement aux côtés de celle qui allait devenir première ministre, et il s’en voit maintenant récompensé. Une belle fleur de la part de la nouvelle première ministre, car il n’est pas obligatoire pour elle de se nommer un numéro deux. En septembre, François Legault avait démis Geneviève Guilbault de cette fonction prestigieuse et ne l’avait tout simplement pas remplacée.

En devenant vice-premier ministre, Ian Lafrenière continue de grimper les échelons du gouvernement. Au cabinet de la première ministre, on décrit l’homme de 54 ans comme un ministre «apprécié, qui livre des résultats» et qui a «beaucoup» contribué à la plateforme de la chefferie de Christine Fréchette. 

Pendant la course à la succession de François Legault, l’ex-policier parlait de Christine Fréchette comme sa «partner», à la manière d’un duo de patrouille. Les deux élus ont visité ensemble plusieurs communautés autochtones dans les derniers mois.

Policier, pompier, militaire, Ian Lafrenière s’est fait élire pour la première fois en 2018 avec la Coalition avenir Québec. En 2020, il est devenu ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, une nomination qui a surpris pour un ex-policier. Mais Ian Lafrenière a gagné la confiance des peuples autochtones et a gardé le Ministère depuis.

En septembre 2025, il a enfin obtenu l’important portefeuille de la Sécurité publique. Une sorte de consécration pour l’ancien porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal, qui aspirait à «être un acteur du changement», disait-il en entrevue avec Le Soleil en mars.

Ian Lafrenière se décrit comme «pas vraiment un fervent de la politique partisane», et pourtant il s’est inscrit comme un allié de choix pour Christine Fréchette dans sa course à la chefferie. Il l’a appuyée pour son approche en économie, la question de l’urne selon lui.

Changement de nom et pain sur la planche

N’en demeure pas moins que le nouveau vice-premier ministre n’a pas de temps à perdre à s’émouvoir de ses nouvelles fonctions, il a du concret à livrer d’ici la fin de la session parlementaire. «Je reçois ça avec beaucoup d’humilité en me disant qu’on a beaucoup de tâches à faire dans le temps qu’on a.»

Son ministère est d’ailleurs rebaptisé la Sécurité intérieure, plutôt que la Sécurité publique, une idée de Christine Fréchette. Il ajoute sous sa gouverne «tout ce qui est application de la loi», comme les agents de la faune et les signaleurs routiers.

Ian Lafrenière compte notamment instaurer un «système de renseignements» pour se préparer à des menaces étrangères. Surtout, il s’attellera à faire adopter une Loi de Clare, qui permet aux policiers de dire aux femmes que leur nouveau conjoint a un passé de violence conjugale.

«La première ministre m’a passé un message sans équivoque tout à l’heure», a souligné le ministre après le discours de Christine Fréchette sur ses priorités, où elle a insisté sur la lutte contre les féminicides.

La Loi de Clare existe au Royaume-Uni, en Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Son implantation au Québec était réclamée depuis plusieurs mois par la porte-parole solidaire Ruba Ghazal. 

La rédaction du projet de loi est déjà entamée, a confirmé le ministre Lafrenière mardi, et son étude devrait commencer «rapidement» à partir de la réouverture au Parlement le 5 mai.

Aux Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière ne chômera pas non plus. Christine Fréchette a mentionné à plusieurs reprises qu’il fallait collaborer avec les peuples autochtones dans les nombreux projets de développement économique.

Un symbole pour les Premières Nations

Ian Lafrenière voit sa nomination comme un symbole clair envers les peuples autochtones. «Je pense qu’on envoie un message très clair aux Premières Nations», a-t-il commenté mardi.

La nomination de Ian Lafrenière a été saluée par le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Francis Verreault-Paul. Absent de l’assermentation du nouveau cabinet, en raison de la tenue de l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones, l’élu inu se réjouit des nouvelles responsabilités octroyées au ministre.

«M. Lafrenière connaît très bien nos priorités. Je lui parle souvent, donc il sait très bien où on se situe sur certains dossiers. J’espère qu’il va pouvoir influencer ces priorités de son côté», indique-t-il, en entrevue au Soleil. 

Le ministre, qu’il qualifie «d’honnête et transparent», ne peut toutefois pas agir sans l’aval de son gouvernement, souligne-t-il. «On sait très bien que ce n’est pas le travail d’un seul ministre […] On verra quelles seront les priorités qu’entend mettre en place ce nouveau gouvernement-là. Il reste peu de temps.»

À cet effet, les récentes prises de paroles de la nouvelle première ministre en faveur des partenariats avec les Premières Nations devront être accompagnées d’actions concrètes, juge le chef. Au sommet de la liste, le retrait du projet de loi constitutionnelle s’impose pour rétablir les relations entre le gouvernement caquiste et les représentants autochtones, avertit-il. 

«Si le projet de constitution reste, tout ce que le gouvernement a dit, ce qu’il veut bâtir avec les Premières Nations, c’est totalement paradoxal. C’est à partir de ça que je vais pouvoir juger la suite des choses.»

En matière de Sécurité publique, la sincérité du ministre était également bien perçue par le communautaire. «Il est dans la bonne chaise. C’est un gars d’action», saluait en mars Geneviève Quinty, directrice de l’organisme PIPQ à Québec. «En même temps, il fait ce qu’il peut», soulignait-elle en pensant aux budgets alloués au communautaire par le gouvernement.

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local, Le Soleil – Avec Juliette Nadeau-Besse, Le Soleil