Optimisme prudent pour une reprise du marché du bois d’œuvre

La Presse Canadienne | 11 mai 2026 | 11:43
La crise en foresterie a entraîné plusieurs perte d'emploi à Port-Cartier et Baie-Comeau. (Photo Jean St-Pierre, Macotenord.com)

Le marché du bois d’œuvre devrait amorcer une reprise graduelle en 2026 et au cours des prochaines années, alors que la construction résidentielle aux États-Unis doit encore répondre à d’importants besoins en logement.

C’est du moins l’analyse d’Alexandre Larouche, économiste en chef au Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ), et conférencier dans le cadre du colloque forestier Prenons en main l’avenir de notre forêt, présenté à Dolbeau-Mistassini.

L’économiste s’est dit plutôt optimiste pour l’avenir, estimant que les signaux pointent vers une reprise graduelle du marché du bois d’œuvre.

Des prix en baisse en 2025

En 2025, la demande est demeurée relativement bonne chez les voisins américains, a souligné M. Larouche. Pourtant, les exportations canadiennes ont reculé en raison d’un contexte commercial défavorable.

Deux facteurs principaux expliquent ce repli. D’une part, les tarifs américains ont fait grimper d’environ 45 % le prix du bois canadien, ce qui a entraîné une forte baisse des ventes, notamment à l’automne 2025. «La combinaison a été particulièrement néfaste», a résumé l’économiste.

Au Québec, les exportations vers les États-Unis ont chuté de 22 % au premier trimestre. À l’échelle du Canada, la baisse a atteint 21 %.

Des signes de reprise

Depuis le début de 2026, les mises en chantier aux États-Unis avaient connu un bon départ, avant d’être freinées par le contexte géopolitique, dont la guerre en Iran. Malgré ce ralentissement, les perspectives demeurent positives pour le reste de l’année.

Le marché du bois demeure cyclique et l’industrie a dû composer avec une succession de hausses et de replis au cours des dernières années. Selon Alexandre Larouche, le creux a probablement été atteint en 2025, alors que les prix sont tombés autour de 450 $ US par 1000 pieds mesure de planche. «À ces prix-là, ce n’est pas viable, alors la bonne nouvelle, c’est que ça va remonter», a-t-il dit.

Les taux hypothécaires aux États-Unis ne fonctionnent pas comme au Canada, puisqu’ils sont généralement fixés sur 30 ans. En début d’année, ils sont passés sous le seuil psychologique de 6%, avant de remonter légèrement. Malgré tout, les conditions d’achat demeurent plus favorables qu’en 2025, a fait valoir l’économiste.

Avec une population en croissance et une forte proportion de ménages âgés de 30 à 45 ans, les besoins en construction devraient rester élevés au cours des prochaines années. À cela s’ajoute un important retard à rattraper, la construction résidentielle ayant ralenti entre 2010 et 2020. Les besoins en rénovation sont aussi importants, alors qu’une grande partie du parc résidentiel a plus de 50 ans.

Miser sur le marché canadien

Au Canada, le marché de la construction reste beaucoup plus petit qu’aux États-Unis, mais il offre tout de même un levier intéressant pour réduire la dépendance aux exportations américaines. La construction canadienne a d’ailleurs connu en 2025 sa troisième meilleure année en 40 ans, a rappelé M. Larouche.

Avec les incitatifs promis par les gouvernements et l’objectif d’accroître la construction résidentielle, il serait possible d’augmenter les ventes au pays. « On ne pourra pas remplacer toutes les ventes faites aux États-Unis, mais on peut rétablir le rapport de force », a-t-il dit.

Selon lui, une demande canadienne plus forte contribuerait aussi à soutenir les prix. À plus long terme, il s’attend à ce que la consommation de bois continue de croître en Amérique du Nord et en Europe.

Tarifs et perspectives

Sur le tarif de 45 % imposé au bois canadien, 10 % relèvent d’une surtaxe décidée par Donald Trump, tandis que le reste découle du litige sur le bois d’œuvre. Cette composante est révisée chaque année, et M. Larouche estime que ce taux devrait passer de 35 à 23,24 % à l’automne 2026, ce qui rendra le bois canadien plus attractif sur le marché, estime l’homme du CIFQ.

Il croit ainsi que le bois canadien pourrait redevenir plus compétitif sur le marché américain. L’offre européenne, pour sa part, devrait baisser graduellement, alors que le marché de la construction reprend localement.

Malgré les turbulences des derniers mois, Alexandre Larouche dit demeurer fondamentalement optimiste. L’industrie traverse une période difficile, mais les fondamentaux restent favorables à une reprise graduelle du marché du bois d’œuvre.

Par Guillaume Roy, Initiative de journalisme local, Le Quotidien