Droits de douane: « Je n’ai pas eu réponse à mes questions », affirme Mme Fréchette

La Presse Canadienne | 20 août 2026 | 09:26
La première ministre du Québec, Christine Fréchette, s'exprime lors d'une conférence de presse marquant la fin de la session, dans son bureau à Québec, le vendredi 12 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot

La première ministre Christine Fréchette affirme qu’elle a besoin de plus d’informations avant de se positionner sur l’entente que le Canada négocie avec les États-Unis, dont le but d’éviter l’imposition de nouveaux droits de douane de 50 % sur une gamme de produits canadiens.

Elle a tenu ces déclarations mercredi soir, au sortir d’une rencontre virtuelle avec ses homologues provinciaux au cours de laquelle le premier ministre du Canada, Mark Carney, a présenté les détails d’un accord qui serait sur le point d’être finalisé.

La première ministre est restée vague sur ce qui s’est dit lors de cette rencontre. Elle s’est contentée de répéter aux journalistes qu’elle restait «neutre» quant à cette entente provisoire, puisqu’elle n’a pas encore accès à son «portrait complet».

«Je n’ai pas eu réponse à mes questions», a-t-elle déclaré, en rappelant du fait même les «lignes rouges» à ne pas franchir du côté d’Ottawa. On parle ici de la gestion de l’offre ainsi que de la protection de la culture québécoise et du français.

«Est-ce que ce que [M. Carney] va me donner comme information demain, peut-être après-demain, ça va me rassurer ? Ça reste à voir», a jouté la première ministre.

Lors de la rencontre, M. Carney aurait demandé aux provinces de remettre l’alcool américain en vente sur leurs tablettes, selon les premiers ministres de la Nouvelle-Écosse et la Saskatchewan. Mais Mme Fréchette a refusé de prendre cet engagement avant d’avoir une connaissance plus profonde des modalités de l’entente. 

«C’est le Québec et le Québec seul, qui décide de ces questions-là. Quand j’aurai davantage d’informations, je vais pouvoir prendre une décision. Pour l’instant, il me manque des informations», a-t-elle déclaré.

Les négociations se poursuivent, a assuré Mme Fréchette. «Il y a des choses qui peuvent bouger», a-t-elle affirmé, ajoutant que «les choses avancent». 

«On est déjà mieux placés qu’il y a quelques jours», a-t-elle souligné.

Un communiqué du cabinet du premier ministre indique que M. Carney «a souligné l’importance d’une solide approche d’Équipe Canada» lors de sa rencontre avec les présidents de région.

«Il a réitéré que l’objectif du gouvernement consiste à obtenir le meilleur accord possible pour les Canadiennes et les Canadiens, soit un accord qui offre aux entreprises canadiennes le meilleur accès possible au marché américain», précise le communiqué.

Fréchette préoccupée

Plus tôt mercredi, la première ministre avait fait part de ses attentes vis-à-vis les négociations avec les États-Unis.

«On s’attend à ce qu’il y ait une réduction des tarifs qui sont déjà appliqués. On veut absolument éviter l’application de nouveaux tarifs et également on veut une révision de l’entente qui encadre l’ensemble de nos échanges commerciaux avec les États-Unis», a indiqué Mme Fréchette.

«C’est préoccupant ce qui est à risque, ce qui est en jeu, parce que ça pourrait amener des changements économiques très importants», a-t-elle soutenu. 

Son ministre des Finances, Eric Girard, a assuré que des programmes d’aides pour les entreprises étaient prêts si nécessaire.  

«On est toujours prêt pour aider nos entreprises. On ne ferait pas notre travail, on ne prendrait pas nos responsabilités, si on n’était pas prêt à aider dans la possibilité de scénarios difficiles», a-t-il affirmé. 

Le ministre des Relations internationales, Christopher Skeete, a pour sa part fait preuve de prudence. 

«Il y a des propositions qui sont placées sur la table à tout moment et qui sont enlevées à tout moment, donc on ne sait pas où est-ce que le fédéral va aboutir en bout de ligne», a-t-il dit. 

Trêve de trois jours  

Mardi en soirée, le président américain Donald Trump a annoncé que l’imposition des droits de douane de 50 % contre le Canada était reportée de trois jours. 

Sur son réseau Truth Social, M. Trump a évoqué l’oléoduc Keystone XL en parlant d’un accord qui surviendrait entre les États-Unis et le Canada.

La proclamation officielle de la Maison-Blanche concernant la suspension des droits de douane indique que «le Canada s’est engagé» à éliminer les «mesures discriminatoires» qui, selon les États-Unis, ne s’appliquaient pas aux autres pays.

Parmi les «mesures discriminatoires» énumérées dans la proclamation figurent les interdictions provinciales concernant la vente de produits alcoolisés américains. Le document cite aussi le contingent de rétorsion mis en place par le Canada sur les importations de véhicules américains en franchise de droits de douane et le système de gestion de l’offre dans le secteur laitier.

Sur le réseau social X mercredi, le premier ministre canadien Mark Carney a confirmé que les deux pays se dirigeaient vers un accord. 

À Washington, le ministre canadien responsable du commerce avec les États-Unis, Dominic LeBlanc, a affirmé que le «système de gestion de l’offre demeure entièrement intact». 

Le chef libéral, Charles Milliard, s’est dit «très heureux» des propos du ministre LeBlanc. «C’est un point qui est très important, qui devrait d’ailleurs transcender tous les partis de la politique au Québec. Je pense que c’est une bonne nouvelle», a-t-il affirmé en mêlée de presse à Montréal. 

– Avec des informations de Thomas Laberge, à Québec, de David Baxter, à Ottawa, et de Kelly Geraldine Malone, à Washington