Le Parti québécois dit qu’il économiserait 40 millions $ en abolissant Santé Québec

La Presse Canadienne | 21 août 2026 | 14:21
Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, fait une annonce aux côtés des candidats de son parti, devant l'hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, le vendredi 21 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

Un gouvernement du Parti québécois (PQ) abolirait Santé Québec afin d’investir davantage dans les soins directs à la population. Le PQ estime qu’il économiserait au minimum 40 millions $ par année, mais il ne s’est pas avancé sur le coût qui serait nécessaire à la transition. 

«Je m’y engage, à ce que ce soit une économie de 40 millions $, mais selon nos évaluations, dans la mesure où il y a quatre sphères décisionnelles qui se superposent en ce moment, c’est-à-dire le ministre, les fonctionnaires du ministère, Santé Québec et les CISSS et les CIUSSS, on pense qu’on peut se rendre à 100 millions d’économies», a déclaré en conférence de presse devant l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal, vendredi matin, le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon. 

Il veut utiliser les sommes économisées pour renforcer la première ligne et l’accès aux soins via les CLSC, ainsi que diminuer les listes d’attente en chirurgie.

M. St-Pierre Plamondon n’a pas voulu dire combien serait dépensé pour abolir Santé Québec, se concentrant sur les bénéfices à la fin de la transition. «Quand on vous parle de 40 millions d’économies auxquelles on s’engage, on comptabilise les coûts de transition», a-t-il précisé. 

D’autre part, le PQ fera une autre annonce durant la campagne pour expliquer son «plan de réduction de la bureaucratie», c’est-à-dire ce qu’il adviendrait des centaines de fonctionnaires chez Santé Québec. «Sur les modalités et la manière de procéder, étant donné qu’il n’y aura pas que Santé Québec, il y aura une journée de dédiée à cette question-là», a mentionné le chef de la formation politique. 

Il a déploré que Santé Québec n’a pas répondu aux attentes. «On est bel et bien devant un monstre de bureaucratie. Il faut reprendre le contrôle sur cette société d’État et elle doit rendre des comptes sur une croissance qui est totalement hors de contrôle», a fait valoir M. St-Pierre Plamondon, évoquant le nombre d’employés qui augmente dans l’organisation. 

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, montre un graphique qui indique qu’il y a eu environ 900 fonctionnaires de plus en deux ans pour gérer le réseau de la santé, lors d’un point de presse devant l’hôpital Maisonneuve-Rosemont à Montréal, le vendredi 21 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Christopher Katsarov

«Énorme perte de temps et de ressources», dit la ministre

Paul St-Pierre Plamondon a nuancé que tout n’était pas à jeter à la poubelle. «Santé Québec travaillait sur un certain nombre d’objectifs légitimes avec certaines avancées, je mentionne notamment l’idée d’avoir des économies d’échelle dans certains domaines où c’est possible, un meilleur approvisionnement en termes de logistique, de meilleurs indicateurs, et une meilleure reddition de compte, pour comparer aussi la performance de chaque direction, l’idée d’un employeur unique», a-t-il cité. 

Ces missions seront poursuivies. «Mais dans le cadre duquel le ministre sera imputable et exercera un contrôle sur l’allocation des ressources et la taille de la bureaucratie», a ajouté M. St-Pierre Plamondon.

La ministre de la Santé, Sonia Bélanger, a critiqué l’annonce du chef du PQ dans une déclaration publiée sur X, affirmant qu’abolir Santé Québec correspondrait à «une énorme perte de temps et de ressources, avec toute la démobilisation que ça suppose dans le réseau». 

«Faire croire qu’on peut simplement abolir Santé Québec, récupérer quelques économies et régler l’accès aux soins avec ça, c’est tellement simpliste que c’est quasi malhonnête. Toute la population perdrait à voir passer les prochaines années à défaire et refaire les structures», a écrit Mme Bélanger. 

M. St-Pierre Plamondon a réagi aux commentaires de Mme Bélanger qui ont été lus par une journaliste en point de presse. Il a critiqué la CAQ «d’avoir fait plein de réformes pour gonfler la taille de l’État alors qu’il avait promis exactement l’inverse».

Santé Québec veut une rencontre

Le chef du PQ a par ailleurs déploré que Santé Québec fasse de la politique à l’aube du déclenchement de la campagne électorale. «La preuve qu’on est devant un gouvernement dans le gouvernement, comble de hasard, Santé Québec fait de la politique, puis envoie un communiqué de presse sur l’hôpital Maisonneuve-Rosemont le jour où on annonce notre point de presse sur Santé-Québec à Maisonneuves-Rosemont. […] Ceci n’est pas normal», a-t-il lâché. 

Santé Québec a indiqué vendredi ne pas avoir l’intention de commenter les propositions des différents partis politiques. «Nous demeurons concentrés à coordonner les opérations du réseau et à donner des résultats pour la population», a dit l’organisation, dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne.

La présidente et cheffe de la direction de Santé Québec, Geneviève Biron, souhaite rencontrer M. St-Pierre Plamondon pour mettre de l’avant les bons coups. Dans une lettre lui étant adressée, envoyée jeudi, Mme Biron ajoute que la rencontre serait l’occasion de «rectifier certains faits erronés». 

Mme Biron laisse aussi entendre que Santé Québec a besoin de temps pour «maintenir l’élan de transformation» et démontrer «les bénéfices au fil du temps». 

M. St-Pierre Plamondon a dit ne pas avoir encore consulté la lettre. Il s’est dit ouvert à rencontrer Mme Biron, mais affirme qu’il ne changerait pas d’idée. Il a aussi rappelé que le porte-parole du PQ en matière de Santé, Joël Arseneau, a rencontré à deux reprises Santé Québec, la cheffe était présente. 

Le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a commenté l’idée d’abolir Santé Québec, en conférence de presse à Lévis, vendredi. «C’est la coupe coupe coupe, sans nécessairement mesurer les conséquences», a -t-il déclaré. 

«Les gens veulent un rendez-vous chez le médecin, ils ne veulent pas avoir un nouvel organigramme de Santé Québec», a soutenu M. Milliard. 

Santé Québec a été créé en 2024 et est devenu l’employeur unique du personnel du réseau de la santé et des services sociaux. Le 23 janvier 2025 marquait le transfert officiel à Santé Québec de tout le personnel visé du ministère. Au total, 894 postes ont été transférés.