Les préfets et les chefs Innus de la Côte-Nord invitent les politiciens en campagne à proposer des solutions au déclin de la population
Malgré une solide économie, le déclin de la population est appelé à se poursuivre sur la Côte-Nord, se désolent les préfets et les chefs innus. (Photo Courtoisie) L’Assemblée des MRC et les Premières Nations Innues profitent de la campagne électorale pour interpeller les partis sur l’avenir de la région. Ils souhaitent que le prochain gouvernement du Québec s’engage avec des solutions concrètes devant le déclin démographique sur la Côte-Nord.
Une étude socioéconomique indépendante dévoilée aujourd’hui démontre que la région contribue de façon disproportionnée à l’économie du Québec. La Côte-Nord accuse un déficit fiscal annuel pouvant atteindre près d’un milliard de dollars avec le gouvernement du Québec.
L’étude rappelle aussi que la Côte-Nord est la seule région du Québec ayant connu un déclin de population dans les dernières années. Selon l’étude menée par la firme Aviseo Conseil, les entreprises privées de la Côte-Nord génèrent 1,7 milliard de dollars en revenus fiscaux et parafiscaux pour le Québec, alors que les municipalités de la région n’en reçoivent qu’entre 742 et 811 millions en retour.
Région ressource négligée
« La Côte-Nord sera au centre de la transition énergétique du Québec. Avec ses ressources et ses rivières, c’est ici qu’Hydro-Québec réalisera la majorité de ses investissements au cours des prochaines années. Il faut mettre un frein au déclin démographique si on veut être capable d’appuyer les ambitions du Québec. C’est en ayant des services de proximité efficaces et financés au bon niveau qu’on pourra y arriver », a déclaré la présidente intérimaire de l’AMRCCN Micheline Anctil.
Elle demande donc au prochain gouvernement de s’asseoir avec les acteurs de la région afin d’élaborer un programme pour l’essor de la région afin de remédier à cette situation préoccupante. Les préfets et les chefs innus constatent que la Côte-Nord est devenue un géant économique qui se vide de sa population.
La Côte-Nord affiche le deuxième PIB par habitant au Québec (107 571 $) et la deuxième productivité du travail la plus élevée (277 000 $ par emploi), des performances portées par l’industrie minière, des infrastructures portuaires de calibre mondial et un rôle clé dans le Plan d’action 2035 d’Hydro-Québec. Au total, l’activité économique nord-côtière soutient 92 900 emplois à travers le Québec.
Déclin malgré une économie dynamique
Malgré cette richesse, la région a vu sa population chuter de 7,4 % en vingt ans, la seule baisse de cette ampleur parmi les régions administratives du Québec. Le bassin de travailleurs âgés de 25 à 54 ans, soit la principale main-d’œuvre disponible pour les entreprises, a reculé de 33% depuis 2000.
Sans changement de trajectoire, l’Institut de la statistique du Québec projette que la population pourrait passer de près de 90 000 habitants à un niveau se situant entre 66 900 et 75 300 habitants d’ici 2050, soit entre 16% et 25% de recul.
L’étude établit un lien direct entre ce déclin démographique et le sous-financement public : la Côte-Nord reçoit seulement 26% de son enveloppe régionale du Plan québécois des infrastructures pour les services directs à la population comme la santé, l’éducation, et le transport, la proportion la plus faible au Québec.
Plus de 75 % des écoles de la région affichent un état de vétusté jugé mauvais ou très mauvais, et l’ensemble des MRC nord-côtières présentent une offre de places en services de garde inférieure à la demande.
La crise du logement sur la Côte-Nord ne se limite pas à un manque d’unités. C’est une combinaison de rareté, de vétusté du parc immobilier, de faibles leviers financiers locaux et d’un décalage entre les programmes publics et les réalités territoriales. Cette crise affecte directement la capacité d’accueil des nouvelles familles, l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre dans plusieurs milieux nord-côtiers.
Nord-Côtiers et Innus, mêmes enjeux
Les huit communautés des Premières Nations innues de la Côte-Nord font partie intégrante du portrait économique. Chaque communauté opère un bon nombre d’entreprises et héberge beaucoup de résidents travailleurs. Les enjeux soulevés par l’étude, soit l’accès aux services de santé, à l’éducation, au logement et au transport, touchent les communautés innues avec la même acuité que les municipalités.
Parmi les solutions, l’AMRCCN et la Nation Innue réclament une bonification du programme Essor Côte-Nord – Nitassinan pour décentraliser les décisions et réduire les décalages entre les programmes gouvernementaux et les réalités régionales.
« Notre Nation a bâti son développement en misant sur ses propres forces et en tissant des liens durables avec les populations avoisinantes. Ce que l’étude démontre, on le vit nous aussi : quand les services de proximité manquent, ce sont nos familles qui partent. En juillet, les chefs innus et les élus des MRC ont réaffirmé leur volonté de travailler ensemble pour le développement de notre territoire », a déclaré le chef de la Première Nation des Innus Essipit et porte-parole du dossier pour la Nation Innue Martin Dufour.
Réaction Kateri C Jourdain
L’AMRCCN et la Nation Innue invitent tous les partis politiques en lice lors de l’élection générale québécoise d’octobre 2026 à se positionner publiquement sur ces enjeux dans les prochaines semaines de campagne.
La candidate dans Duplessis, Kateri Champagne-Jourdain a déjà réagi à la sortie de presse conjointe des préfets de la Côte-Nord et des chefs des huit communautés innues du Nitassinan :
« C’est exactement pour ça que je me suis lancée en politique. On ne rattrape pas 20 ans de retard en 4 ans, mais on peut remettre une région sur les rails. C’est ce qu’on a fait avec des investissements qui se chiffrent en milliards sur la Côte-Nord quand on regarde tous les projets en santé, en économie, en éducation et les mégawatts pour faire grandir nos entreprises. Les résultats sont là et je vais continuer de me battre pour la région. »