T.-N.-L: l’histoire innue propulsée dans le débat sur l’accord de Churchill falls

La Presse Canadienne | 15 septembre 2026 | 17:53
La cheffe de Innu Nation Jodie Ashini discute avec le premier ministre Mark Carney du projet hydroélectrique Churchill Falls (Photo La Presse Canadienne/Paul Daly)

La grande cheffe de la Nation innue affirme que ce groupe autochtone ne soutiendra pas le nouvel accord énergétique de Churchill Falls avec Hydro-Québec à moins que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador ne revienne sur sa position concernant l’histoire des Innus au Labrador.

Jodie Ashini a dit mardi estimer que le premier ministre Tony Wakeham doit présenter des excuses au peuple innu et reconnaître le préjudice que son gouvernement lui a causé. Elle a indiqué que le gouvernement de M. Wakeham adhérait à une théorie «marginale» selon laquelle les Innus seraient arrivés au Labrador il y a environ 300 ans, après les Européens.

Au Québec, les conseils des Innus de Uashat mak Maliotenam et de Matimekush-Lac John contestent aussi le mégaprojet Chruchill Falls. ITUM. Ils ont rappelé à Hydro-Québec et au gouvernement de Terre-Neuve/Labrador que le complexe hydroélectrique se situe illégalement sur le territoire des Innus.

Terre-Neuve/Labrador nie l’histoire des Innus

La grande cheffe a rapporté que M. Wakeham a offensé le peuple innu en annonçant que son gouvernement allait procéder à un audit de toutes les recherches menées par le service provincial d’archéologie concernant l’histoire des Innus. Mme Ashini a affirmé que l’histoire des Innus s’étend sur des milliers d’années et qu’elle n’a pas débuté lorsque le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a commencé à la documenter.

Le projet d’accord entre Newfoundland and Labrador Hydro et Hydro-Québec propose plusieurs nouveaux projets énergétiques le long du fleuve Churchill, sur le territoire traditionnel des Innus connu sous le nom de Nitassinan. «Tout cela, c’est notre territoire, a clamé Mme Ashini lors d’une entrevue mardi. Je ne sais pas comment ils comptent travailler en collaboration avec le peuple innu alors qu’ils ne cessent de nier notre histoire.»

Elle a indiqué que le peuple innu était inquiet et blessé, ajoutant qu’elle ne pouvait pas leur présenter le projet d’accord énergétique tant que cette question n’était pas résolue.

M. Wakeham a déclaré mardi que son gouvernement devait rencontrer les dirigeants innus pour discuter de leurs préoccupations. «Nous avons du travail à faire avec la nation innue», a-t-il dit. 

Lorsqu’on lui a demandé depuis combien de temps les Innus vivaient au Labrador, il a répondu: «Je ne suis ni archéologue ni historien. Je ne ferai aucun commentaire à ce sujet pour l’instant.»

Mme Ashini a indiqué que le premier ministre lui avait donné la même réponse. Elle lui a fait remarquer qu’il avait eu largement le temps de se renseigner, a-t-elle précisé.

4 jours de débat parlementaire

M. Wakeham a ouvert cette semaine la session de l’Assemblée législative provinciale pour un débat de quatre jours portant sur un accord-cadre avec Hydro-Québec visant à partager l’énergie produite sur le fleuve Churchill, qui traverse le centre du Labrador et se jette dans le lac Melville, le long de la côte sud-est de la région.

Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro possèdent conjointement et exploitent la centrale de Churchill Falls, d’une puissance de 5428 mégawatts, décrite comme la deuxième plus grande centrale hydroélectrique souterraine d’Amérique du Nord.

L’accord-cadre propose des projets d’une valeur de plusieurs milliards de dollars dans la région du fleuve Churchill, notamment une nouvelle centrale électrique à Gull Island et un éventuel parc éolien.