Les élus de T.-N.-L. votent en faveur de la proposition énergétique du Québec

La Presse Canadienne | 17 septembre 2026 | 22:48
Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, et le ministre de l'Énergie, Lloyd Parrott, s'adressent aux journalistes à Saint-Jean (Terre-Neuve-et-Labrador) ce vendredi 17 septembre. (Photo La Presse Canadienne Sarah Smellie)

Le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a voté en faveur d’un accord de plusieurs milliards de dollars visant à partager l’énergie produite au Labrador avec Hydro-Québec, bien que ce vote ait été adopté à une très faible majorité.

Les 20 députés conservateurs au pouvoir dans la province se sont levés jeudi soir à l’Assemblée législative pour approuver le projet d’accord. Un député indépendant s’est joint à eux. Les 18 députés restants — 15 libéraux, 2 néo-démocrates et 1 indépendant — se sont levés pour s’y opposer.

Ce projet d’accord est le fruit d’années de négociations, d’un changement de gouvernement et d’un processus de renégociation. Il a suscité à la fois de l’inquiétude, de la colère et de l’espoir dans une province qui cherche désespérément à mettre fin à une histoire marquée par les échecs hydroélectriques et un endettement écrasant et persistant.

Important pour le Québec

« C’est une étape importante qui vient d’être franchie avec l’approbation de la Chambre d’assemblée de Terre-Neuve-et-Labrador, a déclaré sur X, la première ministre du Québec, Christine Fréchette. L’entente que nous avons négociée et qui vient d’être entérinée par les élus de Terre-Neuve-et-Labrador ouvre la voie à de nouvelles capacités énergétiques.» 

«Ça assurera également de l’autonomie, de la sécurité et de la prévisibilité en matière d’énergie au Québec.»

«Je suis très fier de cet accord», a déclaré le premier ministre Tony Wakeham aux journalistes peu après le vote, ajoutant qu’il était convaincu que son équipe de négociation avait pris la bonne décision. «Nous avons désormais une énergie que nous n’avions jamais eue auparavant, et nous pouvons décider de ce que nous voulons en faire», a-t-il affirmé.

«Cette collaboration ouvre la voie au plus important projet d’énergie renouvelable en Amérique du Nord et contribuera à la prospérité du Québec pour les générations à venir», a indiqué dans un communiqué de presse Claudie Bouchard, présidente-directrice générale d’Hydro-Québec. La société d’État a souligné que l’accord aidera à répondre aux besoins du Québec pour les 50 prochaines années.

Le vote de jeudi a eu lieu à l’issue d’un débat de quatre jours sur cet accord non contraignant, qui propose des projets de développement hydroélectrique et éolien d’une valeur de plus de 50 milliards $ le long du fleuve Churchill. Ce fleuve tentaculaire traverse le centre-sud du Labrador — ainsi que le territoire traditionnel des Innus — et est depuis longtemps considéré comme le joyau de la Couronne provinciale en raison de son immense potentiel hydroélectrique.

Les Innus s’opposent

La Nation innue avait exhorté les représentants du gouvernement à voter contre l’accord, invoquant des différends persistants avec la province et craignant que le projet d’accord ne prévoie pas d’avantages suffisants pour le peuple innu.

«Nous ne pouvons pas soutenir un accord qui demande aux Innus d’accepter les impacts et les risques d’un projet de grande envergure alors que les retombées financières profitent à d’autres», a-t-elle déclaré dans un communiqué de presse publié jeudi soir.

M. Wakeham a indiqué qu’il comptait rencontrer la Nation innue et a reconnu que son gouvernement avait des questions en suspens à régler avec le peuple innu.

Hydro-Québec et Newfoundland and Labrador Hydro sont copropriétaires et exploitent une centrale de 5248 mégawatts située sur le fleuve, à Churchill Falls, considérée comme l’une des plus grandes centrales souterraines au monde.

Cependant, cette centrale est depuis longtemps une source de ressentiment à l’égard du Québec pour Terre-Neuve-et-Labrador. En vertu de son contrat d’exploitation actuel, signé en 1969, Hydro-Québec achète la majeure partie de l’énergie produite à Churchill Falls pour à peine une fraction de cent par kilowattheure.

15% de l’énergie du Québec

La centrale fournit environ 15 % de l’énergie du Québec, à un prix que beaucoup qualifient de pratiquement gratuit. Le nouvel accord mettrait fin à cet arrangement controversé avec 15 ans d’avance. Hydro-Québec continuerait d’acheter la majeure partie de l’électricité produite à Churchill Falls, mais à des tarifs plus élevés et progressifs.

Les libéraux ont toutefois remis en cause à plusieurs reprises le barème tarifaire proposé, estimant qu’il devrait être basé sur les prix du marché, plutôt que sur l’indice des prix à la consommation. Le chef libéral John Hogan a déclaré que cette stratégie tarifaire risquait une nouvelle fois de maintenir les tarifs de Churchill Falls bien en deçà de la valeur du marché et de faire en sorte que la province regrette cet accord dans 50 ans, tout comme elle regrette aujourd’hui le contrat de 1969.

«Nous n’avons pas insisté pour que notre province tire profit des gains exceptionnels réalisés par le Québec, a dit M. Hogan dans son discours de clôture jeudi soir. Pour moi, en ce qui concerne cet accord, l’absence de protection pour notre avenir et pour nos enfants (…) c’est là que je vais prendre position.»

Les libéraux avaient initialement conclu un projet d’accord avec Hydro-Québec en 2024, avant l’élection des conservateurs. M. Wakeham a renvoyé les négociateurs auprès d’Hydro-Québec pour demander des conditions différentes.

L’accord prévoit plusieurs nouveaux projets, dont une centrale hydroélectrique de 2700 mégawatts à Gull Island. Il propose également des études de faisabilité pour une deuxième centrale à Churchill Falls et un parc éolien dans la région du fleuve Churchill.

Le premier ministre Mark Carney a qualifié cet accord de «plus grand investissement dans les énergies propres de l’histoire de l’Amérique du Nord» et son gouvernement a promis un financement de 10 milliards $ pour le soutenir.

Les responsables espèrent conclure des accords définitifs d’ici la fin de l’année, bien qu’ils aient jusqu’au 31 mars 2027, date d’expiration de la proposition. Considérant la campagne électorale qui a lieu actuellement au Québec, M. Wakeham a assuré qu’il était prêt à discuter avec «n’importe quel gouvernement» de la province pour poursuivre les négociations.

Craig Pardy, ministre des Finances de Terre-Neuve-et-Labrador, a indiqué que les fonds attendus de l’accord en 2041 couvriraient environ 60 % des dépenses actuelles de santé de la province.

«Je peux vous assurer que nous sommes tous déterminés à accroître les recettes fiscales au profit des Terre-Neuviens et des Labradoriens», a dit M. Pardy. Son budget 2026-2027 prévoyait un déficit de 688 millions de dollars et une dette nette de 20,8 milliards $ dans cette province d’environ 540 000 habitants.

Par Sarah Smellie