Le Conseil des Innus de Pakua Shipu dénonce l’utilisation d’une photo de Churchill Falls pour illustrer le Budget fédéral 2026
Les Innus rappellent « une réalité fondamentale au gouvernement Carney : Churchill Falls se trouve sur le Nitassinan » (Photo Facebook François-Philippe Champagne, ministre des Finances) « Le Nitassinan n’appartient pas au Canada », rappellent les Innus de Pakua Shipu. Le Conseil des Innus de Pakua Shipu dénonce le choix du gouvernement fédéral d’utiliser une photographie de Churchill Falls, accompagnée du slogan « Maîtres chez nous », pour illustrer son budget 2026 qui sera dévoilé aujourd’hui.
Alors que le gouvernement canadien présente le développement hydroélectrique comme un symbole de souveraineté énergétique et de prospérité économique, les Innus rappellent une réalité fondamentale : Churchill Falls se trouve sur le Nitassinan, territoire ancestral des Innus, et aucun projet ne peut se réaliser sans leur participation et le respect de leurs droits.
Pour le Conseil des Innus de Pakua Shipu, cette représentation est particulièrement contradictoire dans un contexte où les Nations innues continuent de revendiquer la pleine reconnaissance de leurs droits et leur participation aux décisions concernant le développement de leur territoire. En présentant Churchill Falls comme un symbole de la maîtrise canadienne des ressources énergétiques, le gouvernement fédéral passe sous silence la présence, l’histoire et les droits des premiers peuples de ce territoire.
« Maîtres chez qui exactement? »
« Maîtres chez nous, mais chez qui exactement? Le Nitassinan, ce n’est pas le “chez-nous” du Canada, c’est notre territoire ancestral. Nos ancêtres l’ont parcouru et protégé bien avant la création du Canada, et nous avons la responsabilité de le préserver pour les générations futures. Le gouvernement ne peut pas se déclarer maître d’un territoire en faisant abstraction des peuples qui y détiennent des droits. Churchill Falls ne peut pas se faire sans les Innus », déclare le chef du Conseil des Innus de Pakua Shipu Denis Mestenapéo.
Il rappelle que le développement hydroélectrique de Churchill Falls s’inscrit dans une histoire marquée par la réalisation de grands projets sur les territoires ancestraux innus sans que les Nations concernées aient été pleinement reconnues comme partenaires dans les décisions.
« Aujourd’hui, alors que de nouvelles ententes et perspectives de développement énergétique sont mises de l’avant, les Innus refusent que les mêmes erreurs se reproduisent. » Le Conseil dénonce notamment la conclusion, le 17 août 2026, de la Definitive Cooperation and Implementation Agreement (DCIA) entre Newfoundland & Labrador Hydro, Hydro-Québec et Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited.
Le Conseil rappelle que le Nitassinan ne peut être réduit à son potentiel économique ou à ses ressources naturelles. Il constitue le fondement de l’identité, de la culture et du mode de vie des Innus.
Aucun développement sans les Innus
Le Conseil des Innus de Pakua Shipu réaffirme que les Nations innues doivent être reconnues comme des partenaires à part entière dans toute décision concernant Churchill Falls et le développement énergétique de leur territoire. Cela implique une participation véritable dès les premières étapes des discussions et le respect des droits ancestraux.
Les Innus ne s’opposent pas au développement économique et énergétique. Ils exigent toutefois que celui-ci se réalise dans le respect de leurs droits, de leur territoire et de leur autodétermination.
Les retombées économiques, aussi importantes soient-elles, ne peuvent se substituer à une reconnaissance véritable des droits des premiers peuples. Cette position a d’ailleurs été réaffirmée auprès du premier ministre du Canada, Mark Carney, le 26 octobre dernier, à Ottawa. Dans le cadre d’une rencontre de l’Assemblée des Premières Nations, le chef régional de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul, lui a remis, au nom du chef Denis Mestenapéo et à sa demande, un document exposant les priorités de Pakua Shipu pour l’établissement d’une véritable relation de Nation à Nation.
Ce document rappelle notamment les engagements attendus des gouvernements du Canada, du Québec et de Terre-Neuve-et-Labrador en matière de reconnaissance des droits, de respect du Nitassinan et de participation des Innus aux décisions concernant leur territoire.
Le Conseil des Innus de Pakua Shipu appelle ainsi le gouvernement fédéral à faire preuve de cohérence entre ses engagements en matière de réconciliation et les orientations économiques et énergétiques qu’il met de l’avant. La reconnaissance des droits des peuples autochtones ne peut se limiter aux discours politiques : elle doit se traduire par des gestes concrets, des relations de Nation à Nation et une participation réelle aux décisions.
« Le Nitassinan n’est pas une simple image sur la couverture d’un budget. C’est notre territoire, notre histoire et notre avenir. »