Problèmes de transport amplifiés | La Basse-Côte-Nord s’outille d’un rapport scientifique sur les impacts des changements climatiques

Jean St-Pierre | 15 septembre 2026 | 16:41
Les citoyens de la Basse-Côte-Nord estiment que les changements climatiques affectent « beaucoup » ou de manière « extrême » leur vie quotidienne, en amplifiant les entraves à la mobilité. (photo bassecotenord.com)

La MRC en Basse-Côte-Nord a publié hier un rapport scientifique sur les impacts des changements climatiques. Le réchauffement amplifie les entraves à la mobilité, avec de plus en plus de rendez-vous médicaux manqués par exemple.

Les changements affectent aussi l’économie et les pratiques traditionnelles des communautés isolées, selon la Chaire de recherche sur les milieux de vie du Nord de l’UQAM. L’équipe de recherche a recueilli les témoignages de 217 personnes, soit l’équivalent de 4,5% de l’ensemble de la population de la Basse-Côte-Nord.

Quelque 83 % des personnes sondées estiment que les changements climatiques affectent « beaucoup » ou de manière « extrême » leur vie quotidienne. Autre exemple d’impact direct : La Route Blanche n’a connu aucune journée d’ouverture complète lors des saisons 2022-2023 et 2023-2024, alors qu’elle restait praticable une soixantaine de jours par hiver au début des années 2000.

Un outil pour défendre les Coasters

Le document intitulé « Vivre au quotidien les changements climatiques en Basse-Côte-Nord hier, aujourd’hui et demain » donne à la MRC de précieux outils pour sensibiliser ses partenaires gouvernementaux et privés face aux enjeux sur le territoire. Le préfet Daren Jones ira à la rencontre des politiciens avec le rapport scientifique.

Ces bouleversements climatiques, souvent perçus comme des événements ponctuels, n’avaient jamais été rassemblés dans une approche régionale ni mis en relation avec les tendances climatiques documentées à l’échelle provinciale. Il devenait donc essentiel pour les élus de la MRC de se doter d’un tel portrait de manière à mieux défendre les dossiers régionaux auprès des différents interlocuteurs.

Pour le préfet de la MRC Côte-Nord du Golfe Saint-Laurent Daren Jones, il devient nécessaire d’éclairer les décideurs concernant la réalité en Basse-Côte. Il donne l’exemple du tronçon de la 138 entre La Tabatière et Tête-à-la-Baleine où on a investi beaucoup d’argent pour une route que l’on ne continue pas.

Entrevue avec Daren Jones, préfet de la MRC Côte-Nord du Golfe Saint-Laurent

Le rapport et la carte narrative issus de la recherche menée par la Chaire du Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal a été commandé par la MRC et ses cinq municipalités, avec l’appui des communautés innues de Pakua Shipi et d’Unamen Shipu. L’étude met en lumière l’ampleur des transformations vécues par les communautés de la Basse-Côte-Nord. La MRC a bénéficié du soutien de la Société du Plan Nord

Le rapport conclut que les changements climatiques affectent chaque moyen de transport et chaque infrastructure de transport, et ce à des degrés variés (motoneige; Route Blanche; avion et aéroport; Bella Desgagnés; pont de glace entre Harrington Harbour et Chevery; hélicoptère et héliport; bateau personnel; traversier entre Chevery et Harrington Harbour; route 138; aéroglisseur entre Saint-Augustin et Pakua Shipi; route municipale; voiture, VTT, digue et quai).

Les changements climatiques accentuent également les difficultés socioéconomiques et démographiques existantes, exacerbant ainsi l’isolement de la région.

Prolonger la 138, la seule solution

La MRC réitère par ailleurs que les solutions de rechange en matière de transport ne répondent pas aux besoins de sa population et que les défaillances de ces alternatives risquent de s’aggraver avec les bouleversements climatiques. Le parachèvement d’une route continue entre Kegaska et Vieux-Fort demeure la seule option sérieuse pour désenclaver l’ensemble du territoire.

Le préfet Daren Jones affirme que les gens de la Basse-Côte ont des solutions moins coûteuses. « Il faut d’abord qu’ils viennent nous demander notre avis. Les décisions se prennent à Québec sans nous parler. Il n’y a pas d’autres options que de compléter la route. »

Entrevue avec Daren Jones, préfet de la MRC Côte-Nord du Golfe Saint-Laurent

« La richesse de cette recherche réside dans l’importante participation citoyenne dans chacune des communautés de la Basse-Côte-Nord. Les gens ont été très engagés à partager les réalités du territoire qu’ils habitent, les transformations qu’ils observent au quotidien, leurs inquiétudes, leurs visions d’avenir. Leurs généreux témoignages révèlent leurs fines connaissances du territoire, leur attachement profond à son égard, et à quel point les changements climatiques bouleversent chaque dimension de leur vie, en particulier la mobilité au cœur de leur mode de vie. Tous les moyens et infrastructures de transport en sont affectés, ce qui entrave l’accès aux services essentiels, affecte la sécurité, les accidents et les risques, perturbe les pratiques sociales et culturelles, touche l’économie, la distribution et les patrons migratoires des espèces floristiques, fruitières et fauniques. », résume la titulaire de la Chaire de recherche du Canada avec les milieux de vie du Nord du Département de géographie de l’Université du Québec à Montréal Laurie Guimond.