Études des troupeaux des rivières George et aux Feuilles | l’espérance de vie du caribou se joue avant sa naissance

La Presse Canadienne | 27 octobre 2026 | 16:50
Des caribous sauvages parcourent la toundra, (Photo La Presse Canadienne/Nathan Denette)

Une nouvelle étude menée auprès de deux troupeaux de caribous migrateurs du nord du Québec et du Labrador montre que la survie et l’espérance de vie de l’animal sont grandement influencées par des conditions auxquelles il est confronté avant même sa naissance.

Les chercheurs ont analysé plus de 20 ans de données concernant 396 faons femelles du troupeau de caribous migrateurs de la rivière aux Feuilles et celui de la rivière George.

L’étude, publiée récemment par des chercheurs de l’Université Laval dans la revue scientifique Ecology, montre que des conditions neigeuses rigoureuses pendant la gestation et peu de nourriture en fin de gestation et juste après la naissance sont fortement liées à une moins bonne condition physique des faons durant leur première année et conséquemment, à une espérance de vie plus basse.

Une neige profonde et dense durant l’hiver augmente les dépenses en énergie des mères gestantes et limite leur accès à la nourriture, ce qui entraîne une baisse des conditions corporelles des faons dans leur première année de vie.

Ainsi, la masse moyenne des faons, après un hiver avec faible enneigement, est de 46,5 kg. En revanche, les faons nés après un hiver très enneigé pèsent en moyenne  41,7 kg, environ 10 % de moins. Selon les chercheurs, l’indice d’état corporel des faons au cours de leur première année a une incidence marquée sur leur probabilité de survie jusqu’à l’âge adulte. 

Celle-ci variait de 38,5 % pour les individus présentant l’indice le plus faible — soit un poids inférieur d’environ 20 kg à la moyenne — à 86,4 % pour les faons femelles affichant l’indice de condition corporelle le plus élevé durant leur première année de vie

À l’opposé, les conditions d’enneigement subies plus tard au cours du développement, notamment durant la période de post-sevrage, «n’ont aucun effet persistant détectable sur la condition corporelle, la survie à deux ans ou la longévité», souligne l’étude.

Les chercheurs expliquent cette situation par le fait qu’à l’âge de deux ans, les faons ont dépassé «le stade vulnérable du début de vie» et «semblent plus résilients aux variations environnementales ultérieures».

Taux de mortalité plus élevé

L’étude met en lumière que la survie du caribou est également influencée par une autre condition à laquelle l’animal est confronté avant même sa naissance. Les chercheurs soulignent en effet que, pour les individus nés lors d’années de forte densité de population (107 000 caribous de plus que la moyenne), le seuil de 50 % de mortalité est atteint dès l’âge de 5,9 ans.

En comparaison, pour ceux nés lors d’années de faible densité de population (130 000 caribous de moins que la moyenne), la survie médiane s’élève à 11,1 ans. L’écart de survie médiane de 5,2 ans entre les individus nés dans de grandes densités de population de caribous et ceux nés dans des plus petites densités s’explique entre autres par la compétition pour la nourriture, souvent limitée, et la dégradation de l’habitat causée par le surpâturage et le piétinement de la végétation.

L’étude note par ailleurs que dans le troupeau de la rivière aux Feuilles, la survie médiane s’établit à environ 6,1 ans, tandis que dans le troupeau de la rivière George, la survie médiane est plus faible, et se situe à environ 4,1 ans. Les résultats de l’étude permettent de mieux cerner les facteurs susceptibles d’affecter la survie et la dynamique des populations de caribous.

L’enjeu est crucial, car ces deux populations de caribous ont subi un déclin spectaculaire au cours des 25 dernières années. Le troupeau de la rivière aux Feuilles a subi une baisse d’environ 75 %, passant de 625 000 individus en 2001 à 168 000 en 2022. Celui de rivière George a diminué de 98 %; il comptait 385 000 individus au début des années 2000 et il n’en resterait plus que 7200.

Pour la réalisation de l’étude, les chercheurs ont capturé 396 femelles faons provenant des deux troupeaux. Les bêtes ont été capturées à l’aide d’un fusil à filet tiré depuis un hélicoptère et des colliers émetteurs ont été posés à leurs coups.

L’étude spécifie que les animaux ont été maintenus physiquement durant les manipulations, sans avoir recours à des sédatifs ou des anesthésiques. Les procédures de capture et de manipulation des caribous ont été approuvées chaque année par le Comité de protection des animaux du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) du Québec.

Par Stéphane Blais